Longueuil revient à la case départ et éliminera la majorité des cerfs du parc Michel-Chartrand pour ramener le cheptel à ce que l’écosystème peut supporter, soit entre 10 et 15.

Mis à jour le 29 nov. 2021
Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

Le cabinet de la mairesse Catherine Fournier a confirmé à La Presse sa décision, lundi soir, suivant ainsi les recommandations contenues dans le rapport de la table de concertation mise sur pied par la Ville, qui conclut que l’euthanasie est la seule solution pour contrôler la prolifération des cerfs de Virginie dans le parc.

Le document d’une trentaine de pages, daté du 22 novembre et que La Presse a obtenu, sonne également l’alarme sur l’état de dégradation avancé de cet espace vert et fait une trentaine de recommandations pour le sauver, dont plusieurs portent sur les cerfs.

« La seule option viable à court terme pour obtenir des résultats durables est de procéder dès 2022 à la réduction de la taille du cheptel par une méthode de capture et d’euthanasie afin d’atteindre la capacité de support du parc », peut-on lire dans le rapport, qui souligne que la population de cerfs a plus que doublé depuis un an.

D’une trentaine de spécimens l’an dernier, leur population a grimpé à « plus de 70 », selon l’inventaire aérien réalisé au printemps, alors que la « capacité de support » du parc calculée selon sa superficie se situe entre 10 et 15 cerfs.

Les cerfs de Virginie, en surnombre dans le parc, présentent un danger de propagation aux usagers du parc de parasites, comme la tique à pattes noires, un vecteur de la bactérie causant la maladie de Lyme.

Extrait du rapport de la table de concertation sur l’équilibre écologique et la préservation du parc Michel-Chartrand

Afin d’éviter que leur population ne bondisse à nouveau après la réduction du cheptel, d’autres mesures devraient être envisagées, estime la table de concertation, évoquant la stérilisation chirurgicale et l’accroissement de la chasse dans les secteurs périphériques, comme le boisé du Tremblay.

Le comité n’a d’ailleurs pas retenu l’option de relocaliser les cerfs, « pour plusieurs raisons », notamment le risque de mortalité élevé et le stress engendré pour les animaux.

C’est donc un retour à la case départ, un an après la polémique soulevée par la décision de Longueuil d’abattre une partie des cerfs du parc, qui avait dégénéré au point où la mairesse de l’époque avec reçu des menaces de mort et qui avait mené à la mise sur pied de cette « table de concertation sur l’équilibre écologique et la préservation du parc Michel-Chartrand », composée d’experts, d’organismes du milieu et de citoyens.

La nouvelle mairesse, Catherine Fournier, s’était engagée en campagne électorale à respecter les recommandations de la table de concertation ; son cabinet a réitéré cet engagement à La Presse, lundi soir, indiquant ne pas avoir déterminé quand elle irait de l’avant.

Autre problème : les humains

Outre la surpopulation de cerfs de Virginie, le parc Michel-Chartrand est aux prises avec de multiples problèmes dont les effets combinés « menacent aujourd’hui l’équilibre écologique du parc », s’inquiète la table de concertation, qui souligne la nécessité d’actions simultanées.

Le rapport évoque « les effets dévastateurs de l’agrile du frêne sur la forêt » et la propagation d’espèces exotiques envahissantes, un problème décuplé par la présence des cerfs, qui ne les broutent pas et leur préfèrent les plantes indigènes.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Affiche informative installée au parc Michel-Chartrand

Mais les humains qui visitent le parc – dont la fréquentation a augmenté significativement depuis le début de la pandémie – portent aussi une part de la responsabilité, note le rapport.

La marche hors des sentiers balisés, qui détériore la forêt, et l’alimentation pourtant interdite des animaux sauvages sont des comportements aux conséquences importantes.

Les milieux naturels […] sont dégradés au point qu’ils ne parviennent plus à se régénérer.

Extrait du rapport de la table de concertation sur l’équilibre écologique et la préservation du parc Michel-Chartrand

Surabondance de bernaches

Le parc Michel-Chartrand est aussi confronté à une surabondance de bernaches du Canada, un oiseau qui consomme près de 4 kg de végétaux et génère jusqu’à 0,9 kg de matières fécales quotidiennement, note le rapport, qui relève des problèmes de salubrité dans plusieurs secteurs du parc, notamment celui des trois lacs.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

La population croissante des bernaches a aussi un impact sur l’équilibre écologique du parc Michel-Chartrand.

Puisque les bernaches « défendent farouchement leurs sites de nidification », leur nombre croissant augmente le risque de blessures pour les usagers du parc, surtout chez les jeunes enfants, prévient le rapport.

La table de concertation recommande d’ailleurs à la Ville de poursuivre son programme d’effarouchement des bernaches et de stérilisation de leurs œufs, qui donne de bons résultats, mais souligne que la participation du golf voisin Le Parcours du Cerf en augmenterait l’efficacité.

Le contrôle de la végétation envahissante, comme le nerprun, la renouée du Japon et le phragmite, ainsi que des cerfs de Virginie et de la bernache du Canada, « est une condition sine qua none au rétablissement de l’équilibre écologique du parc », estime la table de concertation.

Une vocation méconnue

La table de concertation recommande de revoir le mode de gouvernance du parc Michel-Chartrand, déplorant le fait que sa vocation de conservation « n’est pas clairement reconnue et affirmée par la Ville de Longueuil ». Ses griefs sont nombreux : responsabilités distribuées entre plusieurs services municipaux ayant des missions et des objectifs différents, plan de conservation datant de 2008 et qui tarde à être mis à jour, usages autorisés incompatibles avec une vocation de conservation des milieux naturels, etc. Le comité appelle la Ville à sensibiliser la population à la valeur écologique du parc, aux menaces auxquelles il est soumis et à l’importance d’intervenir rapidement et de manière durable pour le préserver.

1 à 3 : nombre de faons que peut produire chaque année une femelle cerf, qui est féconde dès sa première année de vie

13 : nombre de rencontres tenues par la table de concertation sur l’équilibre écologique et la préservation du parc Michel-Chartrand

Source : rapport de la table de concertation sur l’équilibre écologique et la préservation du parc Michel-Chartrand