Le Canada a déposé officiellement ce lundi à l’Organisation des Nations unies sa nouvelle cible de réduction des gaz à effet de serre (GES), soit une diminution de 40 % à 45 % sous le niveau de 2005, et ce, d’ici 2030. La Presse a fait le point avec le ministre fédéral de l’Environnement et du Changement climatique, Jonathan Wilkinson, sur les défis à venir au moment où les effets du réchauffement planétaire se font de plus en plus ressentir.

Publié le 12 juill. 2021
Éric-Pierre Champagne
Éric-Pierre Champagne La Presse

Q. Ce n’est pas la première fois que le Canada annonce des cibles en matière de réduction des GES, ce qui a conduit à un certain cynisme dans la population puisque ces objectifs n’étaient pas atteints. Comment le public peut-il être convaincu que, cette fois-ci, c’est sérieux ?

R. Bien sûr, dans le passé, il y a eu des cibles, mais pas de plans pour les atteindre. Avec le premier ministre Harper [Parti conservateur], il y avait une cible, mais pas de plan. Nous avons mis en place, en décembre dernier, un plan qui est très détaillé. Mais nous savons que nous devons faire plus. La cible de 30 % [de réduction des GES], ce n’est pas assez si on veut respecter l’objectif de l’Accord de Paris. Nous avons une nouvelle cible. Nous avons fait plus d’investissements. Les Canadiens peuvent avoir confiance, nous avons un plan. Ce plan est probablement le plus détaillé qui a existé.

Q. Il y a la loi C-12 nouvellement adoptée, qui forcera le gouvernement à rendre des comptes, mais la politique étant ce qu’elle est… Par exemple, que ce soit au provincial ou au fédéral, le vérificateur général fait régulièrement le constat de problèmes récurrents qui prennent parfois des années à être corrigés. En quoi la situation sera-t-elle différente cette fois-ci ?

R. C’est une loi qui amène la transparence nécessaire pour assurer aux Canadiens que nous allons atteindre les cibles. Mais bien sûr, nous devons faire plus. Nous avons augmenté les cibles à 40 % à 45 %. Dans l’avenir, nous devons aussi faire plus d’investissements pour nous assurer d’atteindre la cible.

Q. Vous êtes donc sûr qu’avec cette loi, il y aura un cadre suffisamment contraignant pour atteindre les objectifs ?

R. À l’avenir, ce ne sera pas possible d’avoir un gouvernement, comme les conservateurs de Stephen Harper, où il y aurait une cible, mais pas de plan. Nous devons avoir des rapports qui font état des progrès. Le commissaire à l’environnement va se pencher sur le sujet. Je pense que c’est une bonne étape pour faire en sorte que le gouvernement du Canada fasse attention sur le plan des changements climatiques.

Q. De nombreux experts affirment que la prochaine décennie, soit d’ici 2030, est cruciale dans nos efforts pour répondre aux changements climatiques. Ça fait longtemps qu’on dit qu’il est minuit moins une, mais là, on a vraiment l’impression que le temps commence à manquer. Que répondez-vous ?

R. Je suis complètement d’accord que la prochaine décennie est très importante. On doit s’assurer que les cibles et les actions soient cohérentes avec l’objectif de la carboneutralité en 2050 [objectif repris par le Canada]. Sinon, ça veut dire que nous ne sommes pas cohérents avec la science en matière de changements climatiques. Je suis convaincu que nous pouvons atteindre la cible de 2030, comme l’objectif de 2050.

Q. Les politiciens n’aiment généralement pas annoncer de mauvaises nouvelles. Mais il semble que même si nous réussissons à atteindre les cibles, il y aura des conséquences importantes pour la population canadienne. Le plus récent rapport de l’Institut canadien pour les choix climatiques faisait plusieurs constats alarmants en ce sens. Bref, ne faudrait-il pas également mieux préparer le public à ce qui l’attend ?

R. C’est juste. C’est la vérité, même si nous arrêtons tous les gaz à effet de serre demain, nous aurons des conséquences parce que nous avons produit beaucoup de GES qui sont dans l’atmosphère maintenant. Les gouvernements au Canada, pas seulement le fédéral, doivent travailler pour mettre en place les mesures pour nous adapter aux impacts des changements climatiques. On peut faire beaucoup de choses, nous avons fait des investissements depuis 2016 et, dans le budget 2021, nous allons dépenser plus de 4 milliards de dollars. Nous allons aussi mettre en place avec les provinces et les territoires un nouveau plan national pour l’adaptation aux changements climatiques.

Q. Dans plusieurs pays, des jeunes mènent une bataille juridique contre leur gouvernement pour le forcer à prendre des actions plus musclées. C’est le cas de l’Allemagne, par exemple. Un cas va être entendu en Ontario. Que dites-vous à ces jeunes qui auront à subir les conséquences des changements climatiques dans les 75 prochaines années ?

R. Les Canadiens comprennent de plus en plus les implications des changements climatiques. Ils veulent que les politiciens agissent. Il y a aussi des occasions économiques associées à la carboneutralité. Nous devons avoir une conversation à ce sujet, mais je suis très confiant, les Canadiens savent que nous devons en faire plus. Mais nous avons un Parti conservateur qui ne croit pas aux changements climatiques, c’est quelque chose qui n’existe pas en Europe. Au Canada, nous n’avons pas atteint le niveau où tous les participants entrent dans la danse.

Q. Quelles sont vos attentes pour la prochaine réunion sur le climat, la COP26, qui se tiendra en novembre ?

R. Nous avons un président des États-Unis qui croit que le réchauffement climatique est un enjeu auquel nous devons nous attaquer. C’est beaucoup plus facile d’avoir une conversation internationale, et nous avons fait beaucoup de progrès avec nos partenaires du G7. Nous pouvons continuer de faire des progrès parce que nous devons le faire, nous n’avons pas beaucoup de temps.