Le défi sera titanesque si les pays souhaitent réellement limiter à 1,5 °C le réchauffement de la planète d’ici 2100. Pour y arriver, il faut dès maintenant faire une croix sur tout nouveau projet basé sur des combustibles fossiles, a indiqué lundi l’Agence internationale de l’énergie (AIE) avec un rapport coup de poing, qui présente néanmoins une « feuille de route » pour faire face à l’urgence climatique.

Publié le 19 mai 2021
Éric-Pierre Champagne
Éric-Pierre Champagne La Presse

1,5 ºC

C’est la cible fixée par l’Accord de Paris, soit limiter à 1,5 °C d’ici 2100 la hausse moyenne de la température par rapport à l’ère préindustrielle. Or, la planète s’est déjà réchauffée de 1,2 °C. Et selon l’AIE, 2021 devrait connaître la deuxième hausse en importance de gaz à effet de serre (GES) depuis l’année 2010 en raison de la relance économique post-pandémie. Deux études récentes, l’une du groupe Conservation International et l’autre de la société de gestion Vivid Economics, ont montré que les mesures de relance déployées par plusieurs pays allaient accélérer la destruction de milieux naturels, parfois au profit de projets d’exploitation de pétrole, de gaz ou de charbon. Selon les plus récentes données du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC), la barre de 1,5 °C pourrait être franchie dès 2030. Le groupe Climate Tracker a établi que le réchauffement pourrait se limiter à 2,6 °C d’ici la fin du siècle si tous les pays respectaient leurs objectifs actuels. D’autres évoquent plutôt un réchauffement de l’ordre de 3 à 4 °C d’ici 2100.

Une voie très étroite

L’Agence internationale de l’énergie estime qu’il est toujours possible de limiter le réchauffement à 1,5 °C, mais reconnaît que la marge d’erreur est pratiquement inexistante. Pour y arriver, l’AIE propose une feuille de route comportant 400 étapes. Les pays doivent d’abord s’engager à ne plus approuver aucun nouveau projet d’exploitation de gaz, de pétrole ou de charbon. Dès 2025, la vente de nouveaux appareils à l’huile ou au gaz destinés à chauffer des édifices devra être interdite. En 2030, au moins 60 % des nouvelles voitures vendues sur le marché devront être électriques. La presque totalité des véhicules devra être alimentée par l’électricité ou l’hydrogène en 2050. D’ici 2035, les principales puissances économiques devront être carboneutres en matière de production d’énergie.

2021 : une année charnière

L’année qui vient offrira au moins deux occasions de limiter les conséquences des changements climatiques. Le 15e sommet de l’ONU sur la biodiversité, qui aura lieu en octobre, marquera le début de la décennie à venir qui sera consacrée à la restauration des écosystèmes. En novembre, les leaders du monde entier se réuniront lors la 26e conférence sur le climat, la COP 26, en Écosse. Les deux enjeux sont maintenant abordés ensemble dans la discussion sur les changements climatiques, comme en témoigne la nouvelle récente selon laquelle la forêt amazonienne au Brésil est désormais émettrice de carbone. Finalement, sous l’impulsion du nouveau président américain Joe Biden, plusieurs pays ont rehaussé leurs cibles de réduction des GES. « Nous voyons de plus en plus de gouvernements dans le monde faire des promesses de zéro net [carbone], ce qui est une très bonne nouvelle. Mais il y a encore un énorme fossé entre la rhétorique et la réalité », rappelle le directeur général de l’AIE, Fatih Birol.

Sources : Associated Press, New Scientist, Agence internationale de l’énergie