Le ministre de l’Environnement va forcer le nettoyage d’un dépôt illégal de sols contaminés mis au jour par une enquête de La Presse à Saint-André-d’Argenteuil. Le terrain était notamment utilisé pour se débarrasser des sols excavés sur un chantier de condos de luxe très pollué à Outremont.

Vincent Larouche
Vincent Larouche La Presse

À l’automne 2018, notre équipe avait suivi un camion qui venait d’être rempli de sols excavés sur le chantier de l’ancien couvent des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, sur le mont Royal. L’édifice patrimonial achevé en 1925 était en train d’être transformé en condos.

Le camion avait roulé plus de 60 km jusqu’à une terre en friche de Saint-André-d’Argenteuil, près de la rivière des Outaouais, dans les Laurentides. Il avait déversé son chargement près de plusieurs autres monticules. Une analyse en laboratoire d’un échantillon de terre prélevé par La Presse avait révélé la présence d’une quinzaine de contaminants, notamment des hydrocarbures et des métaux comme l’étain et le plomb. Le niveau de contamination était relativement bas, mais assez élevé pour qu’il soit strictement interdit de déverser cette terre venue d’un milieu urbain sur un terrain propre à la campagne.

En 2018 et en 2019, le ministère de l’Environnement a analysé le dépôt de façon plus systématique. Les échantillons prélevés par ses inspecteurs révèlent aussi un niveau de contamination au mercure, aux hydrocarbures, au plomb et à d’autres métaux.

Les taux de contamination qu’il y a découverts étaient parfois significativement plus élevés que ceux relevés au moment de notre enquête, selon une ordonnance légale signée par le ministre le 3 mai dernier.

De nombreux déversements supplémentaires ont eu lieu depuis 2018 et le terrain est aujourd’hui plein de briques, d’armatures de métal, de fils électriques, de béton et d’asphalte. Le Ministère estime que le remblai illégal fait plus de 2700 mètres cubes.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Le terrain est aujourd’hui couvert de briques, de métal, de ciment et d’asphalte.

Le ministre ordonne donc au propriétaire du terrain, la société Immeubles Deux-Montagnes, de remettre le terrain dans son état originel, en retirant à ses frais tous les sols contaminés, y compris toute portion de son terrain qui aurait été contaminée par le ruissellement des eaux après les déversements.

Le président d’Immeubles Deux-Montagnes, Marc Latour, n’a pas donné suite à un message laissé sur sa boîte vocale mercredi.

« Tout le monde était de bonne foi », assure le promoteur

Le promoteur Daniel Revah, qui pilote la conversion de l’ancien couvent, affirme avoir eu une entente avec une personne qui voulait bâtir un immeuble sur le terrain de Saint-André-d’Argenteuil et qui était prête à recevoir gratuitement les sols excavés à Outremont pour remblayer le terrain. Il dit lui en avoir envoyé beaucoup.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Daniel Revah pilote la conversion de l’ancien couvent en condos de luxe.

Personne ne pensait que [les sols] étaient contaminés ! Le gars voulait remplir un trou, tout le monde a agi de bonne foi.

Daniel Revah

« Moi, quand j’ai acheté le site ici, techniquement, il n’y avait pas de pollution. C’est l’Université de Montréal qui nous a vendu le site. Et avec les sœurs avant, je ne pensais pas qu’il y avait de la pollution partout », déplore-t-il. Le promoteur affirme que c’est seulement au cours des travaux qu’il a découvert des traces de contamination plus élevée que prévu dans le sol, ce qui a occasionné pour lui des frais importants.

« On a un site énorme de 250 000 pieds carrés sur le chantier, c’est facile d’avoir manqué quelque chose quelque part », souligne-t-il.

Québec espère toujours adopter son nouveau règlement sur la traçabilité des sols, qui doit permettre de suivre à la trace les sols et de rendre responsable chaque intervenant, du générateur au récepteur en passant par le transporteur. Le projet a été retardé plusieurs fois en raison de complications juridiques et techniques.