Des citoyens se mobilisent pour sauver un arbre plusieurs fois centenaire qui est menacé par un projet de la ville. Nous ne sommes pas dans une municipalité québécoise, mais plutôt à Shrewsbury, au Royaume-Uni, où un très vieil arbre, surnommé le « chêne de Darwin », pourrait disparaître pour faire place à une nouvelle route qui permettrait notamment d’ériger des constructions résidentielles.

Éric-Pierre Champagne
Éric-Pierre Champagne La Presse

Shrewsbury, ville de 70 000 habitants, est situé à 88 km au sud de Liverpool, qui a vu naître les Beatles. Mais Shrewsbury n’a rien à envier à son voisin, puisqu’un certain Charles Darwin y a vu le jour en 1809. Le célèbre naturaliste et père de la théorie de la sélection naturelle a même droit chaque année à un festival en son nom dans cette ville qui a été fondée en 1189.

Mais si Darwin fait parler de lui depuis quelques semaines, c’est parce qu’un arbre vieux de 550 ans pourrait être coupé pour permettre le passage d’une nouvelle route à Shrewsbury. Surnommé le « chêne de Darwin », cet arbre est devenu le symbole d’une bataille citoyenne contre l’étalement urbain et la destruction de milieux naturels.

Projet routier de 84,3 millions de livres

IMAGE TIRÉE DU SITE INTERNET DU COMTÉ DE SHROPSHIRE

La carte du tracé proposé par le comté de Shropshire

Un projet routier de 84,3 millions de livres (143 millions CAN) piloté par le comté de Shropshire, l’équivalent d’une MRC, est au cœur de la controverse. Le projet consiste à terminer une voie de contournement autour de la ville, ce qui permettra de réduire la circulation routière à l’intérieur de la cité, plaident les autorités. Cette nouvelle route permettrait également un ensemble résidentiel sur des terrains qui appartiennent au comté de Shropshire.

En entrevue avec La Presse, Rob McBride, un ingénieur à la retraite natif de Shrewsbury, ne mâche pas ses mots en parlant des élus qui pourraient autoriser le projet. « Darwin a grandi à Shrewsbury où il aimait beaucoup faire de grandes marches. On peut très bien imaginer qu’il s’est assis sous ce chêne pour réfléchir à l’évolution de l’homme. Or, nos politiciens n’ont pas évolué. Ce sont des dinosaures ! »

PHOTO FOURNIE PAR ROB MCBRIDE

Rob McBride, à gauche, à côté du fameux arbre

Le tracé ferait aussi passer la route à quelques mètres seulement de milieux humides reconnus par la Convention de Ramsar, une entente regroupant 171 pays signataires qui identifie les zones humides d’importance internationale.

La grogne a pris de l’ampleur après que des citoyens ont découvert que le chêne de Darwin avait été marqué en vue d’une éventuelle coupe pour permettre le passage de la nouvelle route. Le conseil de Shropshire affirme qu’il n’a pas demandé le marquage de l’arbre et qu’on n’avait pas encore déterminé si l’arbre devrait être abattu ou non.

Ce qui n’a pas empêché de nombreux citoyens de manifester leur mécontentement au cours d’une marche organisée le 18 avril. Parmi les participants, on retrouvait également des membres locaux du groupe Red Rebel Brigade, mouvement écologiste qui a vu le jour au Royaume-Uni en 2018.

PHOTO FOURNIE PAR RAY JACOBS

Un membre de la Red Rebel Brigade devant le chêne vieux de 550 ans

« Ce projet va totalement à l’encontre de l’urgence climatique qui a été déclarée par le conseil [du comté de Shropshire] », affirme Lisa Sture, militante de la Red Rebel Brigade jointe par La Presse. Le comté s’est d’ailleurs engagé en novembre 2020 à éliminer ses émissions de carbone d’ici 2030.

« Ce que je crains, c’est qu’ils vont peut-être modifier le tracé pour épargner ce chêne, mais quelques mètres plus loin, il y en a un autre, presque aussi vieux, qui sera sûrement abattu. Il y a aussi une forêt et des milieux humides sur ces terrains. C’est tout un écosystème, mais ce sont des questions complexes et c’est difficile de sensibiliser le public et le conseil municipal là-dessus », ajoute Mme Sture.

Un peu plus de 2000 personnes ont signé une pétition pour demander aux autorités de renoncer à ce projet. La population a jusqu’au 27 avril pour soumettre des commentaires.

Sources : The Guardian, Shropshire Star

Les sites Ramsar au Canada

La Convention de Ramsar est une entente internationale qui a vu le jour en 1975, dont l’objectif est de protéger des milieux humides de grande importance partout dans le monde. Le Canada s’est ajouté aux signataires en 1981. On retrouve au pays 37 milieux humides d’importance protégés par cette convention, qui totalisent 13 millions d’hectares. Au Québec, les sites du lac Saint-Pierre, du lac Saint-François, du cap Tourmente et de la baie de l’Isle-Verte font partie de la liste.