(Londres) Près de quarante distributeurs, entreprises et fédérations essentiellement européennes menacent le Brésil de boycotter ses produits agricoles s’il ne retire pas un projet de réforme agraire qui risque d’accélérer selon eux la déforestation de l’Amazonie, dans une lettre diffusée mercredi.

Agence France-Presse

Des chaînes de supermarchés comme l’allemand Aldi, les britanniques Asda, Marks and Spencer, Sainsbury’s ou Morrisons, le suisse Migros s’inquiètent d’un projet de loi qui prévoit la privatisation de terres et « menace comme jamais l’Amazonie », qui a pourtant fait l’objet de « incendies de forêt et de déforestation à des niveaux extrêmement élevés » l’an passé.

Cette missive adressée aux parlementaires brésiliens, également signée par la chaîne de restauration rapide britannique Greggs, des fédérations professionnelles ou les sociétés financières Skandia et Legal and General, relève que « les objectifs pour réduire les niveaux » de déboisement « et les budgets pour y parvenir sont de plus en plus inadéquats ».

Elle souligne que « l’Amazonie est une partie vitale du système terrestre […] essentielle pour la sécurité de notre planète tout en représentant un élément vital d’un avenir prospère pour les Brésiliens et toute la société ».

Les groupes signataires relèvent que les « protections existantes dans la législation brésilienne ont été déterminantes pour nos organisations » qui ont foi dans le fait que leurs produits, services et investissements au Brésil « sont en ligne avec nos engagements environnementaux et sociaux ».

« Notre porte reste ouverte pour nos partenaires brésiliens » pour parvenir à « une gestion des terres et une agriculture soutenables » qui préservent le développement économique et les droits des peuples autochtones, mais « sans mettre en danger » des écosystèmes « essentiels pour la santé du monde ».

Ils concluent que si ces mesures deviennent des lois, « nous n’aurons d’autre choix que de reconsidérer notre recours à la chaîne d’approvisionnement agricole brésilienne » et enjoignent le gouvernement à « reconsidérer cette proposition » législative.

La déforestation a détruit 8426 km2 de jungle amazonienne au Brésil en 2020.

Le nombre des incendies avait par ailleurs augmenté de 61 % en septembre 2020 par rapport au même mois de l’année 2019.

En janvier le chef Raoni Matuktire, défenseur emblématique de la forêt amazonienne, avait demandé à la Cour pénale internationale d’enquêter pour « crimes contre l’humanité » contre le président brésilien Jair Bolsonaro, accusé de « persécuter » les peuples autochtones en détruisant leur habitat et bafouant leurs droits fondamentaux.

Pour l’ONG Imazon, le nouveau projet de loi « aggrave certains des risques et en crée d’autres ».

Dans un texte mis en ligne sur son site internet, Imazon affirmait le mois dernier que deux projets de loi actuellement au Congrès brésilien allaient « donner à des envahisseurs des forêts publiques des titres de propriété au lieu de les punir et de retourner ces terrains à l’État » des projets législatifs issus d’un projet de loi similaire qui avait expiré avant d’avoir pu être adopté l’an dernier.

Ce texte prévoyait la régularisation des exploitations illégales de terres publiques et faisait déjà craindre une aggravation de la déforestation et des conflits agraires, en particulier en Amazonie, dans un contexte de remise en cause des normes environnementales par le gouvernement Bolsonaro.