(Ottawa) Le gouvernement fédéral met de côté une partie des milliards de dollars prévus à court terme pour les dépenses en transport en commun afin d’aider les municipalités à électrifier leur parc d’autobus.

Jordan Press
La Presse Canadienne

Ottawa espère que les 2,75 milliards de subventions « traditionnelles » pour les acquisitions d’autobus s’harmoniseront avec les quelque 1,5 milliard que la Banque de l’infrastructure du Canada pourrait investir de son côté dans les installations connexes, comme les bornes de recharge.

La ministre de l’Infrastructure et des Collectivités, Catherine McKenna, et le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, ont annoncé jeudi cet investissement de 2,75 milliards sur cinq ans, à compter de 2021 notamment pour financer l’achat d’autobus « à zéro émission » pour le transport en commun et le transport scolaire.

La ministre McKenna a indiqué que la subvention fédérale aidera les municipalités à couvrir le coût d’achat d’autobus électriques pour remplacer les moteurs diesel. Selon elle, les programmes de financement d’Infrastructure Canada ont déjà soutenu l’achat de plus de 300 nouveaux autobus à zéro émission, et Ottawa espère que le financement aidera à acheter 5000 autobus zéro émission au cours des cinq prochaines années.

Mais la ministre reconnaît qu’il y a des coûts supplémentaires qui doivent être abordés, notamment les bornes de recharge sur les itinéraires de transit et dans les dépôts existants. Les libéraux espèrent que les municipalités se tourneront pour cela vers la Banque de l’infrastructure du Canada.

Le directeur général de cette banque fédérale, Ehren Cory, a indiqué jeudi que les économies d’énergie réalisées en évitant l’achat de carburant diesel pourraient, par exemple, être affectées au remboursement d’un prêt à faible taux d’intérêt.

« C’est pourquoi la combinaison d’une subvention du gouvernement et d’un tel prêt calculé sur les économies escomptées nous permettrait de tirer le meilleur parti, d’apporter rapidement des changements globaux et de le faire avec un impact minimal pour les contribuables », a soutenu M. Cory.

Le président de la Fédération canadienne des municipalités, Garth Frizzell, a salué cette annonce, qui permettra selon lui de remplacer plus rapidement les autobus au diesel dans les villes. « Nous avons déjà plusieurs véhicules électriques en circulation, et cet important financement pour électrifier les systèmes de transport collectif partout au pays permettra de réduire les émissions de GES, de stimuler les économies locales et de contribuer à la réalisation des objectifs climatiques du Canada », a-t-il indiqué dans un communiqué.

Et le télétravail ?

Joanna Kyriazis, conseillère principale en politiques à l’organisme Clean Energy Canada, a aussi souligné jeudi que ces investissements pourraient aider les six fabricants d’autobus électriques du pays (comme NovaBus, à Saint-Eustache, et Lion Electric, à Saint-Jérôme) à se développer pour être concurrentiels à l’échelle internationale.

« Alors que le Canada développe sa chaîne d’approvisionnement en batteries, à partir des métaux bruts et des ressources minérales jusqu’à nos sociétés de recyclage de batteries, nous devons développer le marché intérieur de la construction des véhicules électriques et de leurs batteries », a-t-elle déclaré dans un communiqué.

Les libéraux promettent des milliards de dollars en financement permanent pour les transports en commun dans le cadre d’une reprise post-pandémique, dont 3 milliards par an dans un fonds de transport en commun, qui doit commencer dans cinq ans.

Les municipalités ont vu le nombre d’usagers des transports en commun chuter de façon spectaculaire pendant la pandémie, alors qu’une partie de la main-d’œuvre s’est mise au télétravail. La demande de maisons unifamiliales en « banlieues éloignées » suggère que des travailleurs s’attendent à ce que le télétravail devienne un élément plus régulier de leur vie professionnelle après la pandémie.

La ministre McKenna soutient toutefois que sa façon de penser au transport en commun n’a pas changé avec la pandémie : elle croit que le Canada a besoin de systèmes plus nombreux et meilleurs. C’est aux municipalités et aux agences de transport en commun de définir les itinéraires et les priorités, a-t-elle dit.

« La réalité, c’est que bon nombre de nos travailleurs essentiels n’ont pas d’autre choix que de prendre les transports en commun, a-t-elle dit. Et je pense que nous avons réalisé à quel point il est important pour les gens de pouvoir se déplacer en toute sécurité. »