La gestion des bandes riveraines n’a pas toujours été vue d’un bon œil dans le monde agricole. Mais on comprend mieux aujourd’hui leur importance et de plus en plus de producteurs souhaitent les aménager afin de maximiser leur potentiel.

Éric-Pierre Champagne Éric-Pierre Champagne
La Presse

En Montérégie, près de Granby, 34 producteurs agricoles ont participé à l’aménagement des bandes riveraines du ruisseau Brandy au cours des quatre dernières années. Au total, ce sont près de 14 km de bandes riveraines qui ont été aménagées.

Avec Nature-Action Québec et le groupe-conseil Gestri-Sol, ces entreprises ont accepté en quelque sorte un changement de paradigme en ce qui concerne les bandes riveraines.

Bien qu’une réglementation provinciale oblige depuis 1991 les agriculteurs à maintenir une bande riveraine minimale de 3 m autour d’un cours d’eau, il aura fallu plusieurs années avant que cette obligation ne soit perçue comme un atout.

Un atout, c’est de cette façon que Laurianne Levert-Gauthier, agronome, présente le potentiel d’une bande riveraine aux producteurs agricoles. Et il s’avère que 34 d’entre eux ont accepté de maximiser ces espaces souvent perçus comme futiles.

  • Nichoir installé le long du ruisseau Brandy

    PHOTO FOURNIE PAR NATURE-ACTION QUÉBEC.

    Nichoir installé le long du ruisseau Brandy

  • Aménagement de bandes riveraines le long du ruisseau Brandy

    PHOTO FOURNIE PAR LE CLUB CONSEIL GESTRI-SOL

    Aménagement de bandes riveraines le long du ruisseau Brandy

  • Aménagement de bandes riveraines le long du ruisseau Brandy

    PHOTO FOURNIE PAR LE CLUB CONSEIL GESTRI-SOL

    Aménagement de bandes riveraines le long du ruisseau Brandy

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Depuis 2016, l’équivalent de 1,51 hectare a été aménagé sur une portion totalisant 13,87 km du ruisseau Brandy, au sud de Granby. Ce sont 11 746 végétaux qui ont été plantés. On a aussi installé 38 perchoirs : 15 nichoirs pour oiseaux et chauves-souris et 12 nichoirs pollinisateurs. Certains ont aussi planté des arbres fruitiers dont ils récoltent les fruits.

Ça n’a pas été imposé aux producteurs. On voulait que ça parte d’eux, qu’ils soient proactifs dans la démarche. Et la grande majorité a embarqué.

Laurianne Levert-Gauthier, agronome

À l’origine, c’est la Ville de Granby qui a signalé le faible niveau de biodiversité dans certains secteurs après avoir réalisé une étude de caractérisation en 2014. On a rapidement identifié le bassin versant du ruisseau Massé, qui longe plusieurs terres agricoles où l’on retrouve surtout des monocultures.

Évidemment, les producteurs n’étaient pas chauds à l’idée d’être les seuls à puiser dans leurs poches pour financer des projets d’aménagement des bandes riveraines.

Les projets actuels, le long du ruisseau Brandy, sont aussi financés par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), la Fondation de la faune et la Ville de Granby. Les producteurs assument donc au maximum 15 % de la facture.

Un des arguments soutenus par Mme Levert-Gauthier pour convaincre des agriculteurs du bien-fondé d’aménager leurs bandes riveraines, c’est que « ça les aide à garder le champ dans le champ ». La végétation permet en effet de réduire l’érosion des sols. Elle retient aussi les pesticides et les fertilisants.

Selon l’agronome de Gesti-Sol, la MRC de la Haute-Yamaska, dont fait partie Granby, est aussi la seule dans la province à avoir une norme plus élevée en matière de bandes riveraines. La loi prévoit en effet une zone tampon de 3 m à partir de la ligne haute des eaux. La MRC calcule plutôt une zone de 3 m à partir du haut du talus.

En améliorant la biodiversité de ces zones inexploitées, les producteurs perdent un peu de terre à cultiver, mais ils font des gains à long terme. « Même les producteurs qui étaient un peu moins emballés au départ ont fini par se réjouir d’avoir aménagé leurs bandes riveraines », rappelle Laurianne Levert-Gauthier.

Les agriculteurs de la région de Granby ne sont évidemment pas les seuls à revoir l’aménagement des bandes riveraines. Des initiatives du genre se multiplient un peu partout au Québec depuis quelques années.

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