Québec a annoncé mardi que les écoles secondaires pourraient réclamer les frais de récupération des masques distribués aux élèves dans le cadre des nouvelles mesures sanitaires imposées au milieu scolaire. Une mesure coûteuse aux effets incertains, estiment des experts consultés par La Presse. Tour d’horizon.

Éric-Pierre Champagne Éric-Pierre Champagne
La Presse

85 millions de masques à récupérer

Un demi-million de masques chirurgicaux sont utilisés chaque jour dans les écoles secondaires de la province. Chaque élève se voit remettre deux masques pour chaque journée de présence à l’école. D’ici la fin de l’année scolaire, 85 millions de masques auront été utilisés. En principe, ceux-ci étaient destinés à la poubelle, mais après de vives réactions du monde scolaire, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a finalement annoncé mercredi que les dépenses pour la récupération de ces masques seraient remboursées aux centres de services scolaires.

Une bonne idée ?

Ça dépend. Le Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGED) a demandé que cette aide financière soit assujettie à l’obligation de démontrer que les masques seront effectivement recyclés au Québec. Or, selon l’organisme, la majorité des masques seront plutôt envoyés à l’extérieur de la province pour y être incinérés. Vérification faite, Recyc-Québec a répertorié quatre entreprises pouvant récupérer les masques chirurgicaux. Deux d’entre elles, MultiRecycle et Sanexen, font de la valorisation énergétique, tout en récupérant la bande de métal insérée dans les masques. Ceux-ci sont ensuite incinérés dans une usine située dans l’État de New York pour produire de l’électricité. Une troisième entreprise, MedSup, indique récupérer les matières des masques dans ses installations de Magog. La quatrième est une entreprise américaine, TerraCycle, qui traite les masques dans une usine de l’Illinois.

Les masques peuvent-ils être recyclés ?

La réponse simple est oui. Le seront-ils ? C’est une autre question. Comme le souligne Karel Ménard, directeur général du FCQGED, les mots ici ont leur importance. Car récupérer, ce n’est pas nécessairement recycler. « Sur le plan environnemental, rien ne dit que la valorisation énergétique a moins d’impact que de simplement jeter les masques », affirme M. Ménard. Si l’incinération ne produit pas de méthane, elle peut en effet relâcher d’autres polluants. « Les brûler, c’est pire que les jeter. » L’autre problème, selon Karel Ménard, c’est qu’on peut difficilement établir la traçabilité, c’est-à-dire savoir ce qu’il advient véritablement des masques et de leurs composants.

Des coûts élevés

Selon les estimations du député libéral Frantz Benjamin, le coût total pour la récupération des masques dans les écoles devrait osciller entre 30 et 35 millions de dollars. « Ce sont des coûts élevés, reconnaît Mario Laquerre, professeur en gestion des matières résiduelles à l’Université de Sherbrooke. Je ne veux pas minimiser le geste, mais est-ce le meilleur moyen au regard de l’argent qu’on y met ? » Karel Ménard, lui, se questionne sur le fait que des dizaines de millions de dollars de fonds publics vont aller à des entreprises privées sans les garanties nécessaires.

De l’aide pour les centres scolaires

Si la solution pour disposer de tous ces masques n’est pas aussi simple qu’à première vue, Mario Laquerre se réjouit cependant de voir l’évolution des mentalités. « On a développé une conscience environnementale plus grande au Québec. C’est une bonne nouvelle. » Karel Ménard renchérit en signalant qu’on donne tous ces masques aux élèves auxquels on répète constamment qu’ils doivent se soucier de l’environnement. Selon M. Ménard, la récupération des masques « aurait dû être planifiée dès le départ. Là, ça sent un peu l’improvisation ». Les deux experts souhaitent d’ailleurs que les centres de services scolaires soient accompagnés dans cette démarche. « Les centres n’ont pas de spécialistes de la gestion des matières résiduelles », rappelle Mario Laquerre.