Le Pacte pour la transition boucle la boucle avec le sentiment d’avoir contribué à la prise de conscience du Québec face à l’urgence climatique.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

Deux ans après le lancement de cette initiative écologiste, 68 % des Québécois estiment que les gouvernements n’en font pas assez pour lutter contre le réchauffement de la planète, révèle un sondage mené pour le Pacte.

Le coup de sonde démontre également que 85 % des Québécois estiment que l’urgence climatique est un enjeu toujours aussi important ou plus encore qu’il y a deux ou trois ans.

Une forte majorité de répondants (81 %) est aussi d’avis que la lutte contre les changements climatiques devrait être une priorité dans les plans de relance économique post-pandémie.

Cette relance économique apparaît d’ailleurs comme la « dernière chance de prendre les mesures qui s’imposent pour répondre à l’urgence », écrit l’initiateur du Pacte, l’auteur et metteur en scène Dominic Champagne, dans un long bilan de 20 pages.

La crise sanitaire, que le premier ministre Legault a « bravement » affrontée, devrait « servir d’enseignement pour l’autre crise », croit-il.

Il faut « aplanir la courbe des émissions de GES », illustre Dominic Champagne, poursuivant la comparaison.

La conclusion du Pacte

Ce bilan intervient alors que le Pacte pour la transition arrive à échéance.

« Le Pacte, c’était un engagement de deux ans qui s’achève aujourd’hui », a rappelé dans un entretien avec La Presse l’auteur et metteur en scène Dominic Champagne.

« J’ai le sentiment du devoir accompli, mais tout reste à faire », a-t-il confié.

Devoir accompli, parce qu’il y a au Québec « un éveil à l’urgence climatique indéniable », dit-il.

Du travail à faire, parce que les gouvernements n’ont « pas livré la marchandise » et continuent d’agir « comme si on avait encore une marge de manœuvre »

La conclusion du Pacte n’est donc pas la fin de son action, mais plutôt le passage à une autre étape de la lutte, explique Dominic Champagne, s’exclamant : « Le Pacte est mort, vive le Pacte ! »

Il invite les quelque 300 000 personnes qui y ont adhéré à poursuivre leurs actions.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Plus de 400 personnalités s’étaient déplacées pour le lancement du Pacte, en 2018.

« La mobilisation est plus nécessaire que jamais », puisque les gouvernements n’agiront pas si la population n’exige pas qu’ils le fassent, affirme-t-il.

Manque de vision et de courage

L’objectif du Pacte était à l’origine de répondre par des gestes individuels à l’appel du secrétaire général des Nations unies, qui avait déclaré lors de la publication du rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) que le monde avait deux ans pour agir face à la crise climatique, rappelle Dominic Champagne.

Mais cela doit aussi s’accompagner de « grandes décisions politiques », affirme l’auteur et metteur en scène.

Nos dirigeants n’ont ni la vision ni le courage dont on a besoin.

Dominic Champagne

Pire, nos gouvernements encouragent des développements industriels qui augmenteront les émissions de gaz à effet de serre, déplore Dominic Champagne, évoquant les projets Gazoduq et Énergie Saguenay de GNL Québec.

« Ceux qui tirent profit de l’intoxication du monde, ceux-là continuent de gagner la lutte », écrit-il dans son bilan, rappelant que 20 000 personnes meurent chaque jour de la pollution atmosphérique, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Les solutions sont pourtant connues et à portée de main, martèle-t-il, disant avoir cherché en vain un « porteur de ballon » au sein du gouvernement Legault, quelqu’un capable de porter la cause environnementale.

Il y a bien sûr eu des progrès, reconnaît Dominic Champagne, « mais la dégradation se poursuit plus rapidement que les progrès ».

Passer le flambeau

Avec la conclusion du Pacte, Dominic Champagne souhaite passer le flambeau, même s’il assure qu’il continuera de militer, quoique plus discrètement.

« Je viens de donner deux ans de ma vie à temps plein, bénévolement », en plus d’injecter des fonds personnels considérables, dit-il.

Les invectives qu’il a reçues durant ces deux années de militantisme public ont aussi « pesé dans la balance », reconnaît-il, de même que la mort de sa mère, emportée par la COVID-19 en avril dernier.

Surtout, il souhaite reprendre ses activités professionnelles.

« Je vais prendre une pause, dit-il, faire des shows. »

Méthodologie du sondage

Le sondage de Léger a été réalisé en ligne du 30 octobre au 1er novembre 2020 auprès de 1002 Québécois et Québécoises de 18 ans ou plus et pouvant s’exprimer en français ou en anglais. Les résultats ont été pondérés selon le sexe, l’âge, la langue maternelle, la région, le niveau d’éducation ainsi que la présence d’enfants dans le ménage afin de rendre l’échantillon représentatif de l’ensemble de la population, sur la base des données de Statistique Canada, explique la firme. Elle précise à titre comparatif que la marge d’erreur maximale pour un échantillon de 1002 répondants est de ± 3,1 %, et ce, 19 fois sur 20.