Les glaciers de l’Antarctique pourraient connaître une désintégration rapide en quelques siècles, plutôt qu’en plusieurs millénaires, selon une nouvelle étude. Cela pourrait faire monter le niveau de la mer de plusieurs mètres, alors que pour le moment, on parle d’un mètre en 300 ans.

Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

« Nous avons utilisé l’intelligence artificielle pour modéliser la propagation de l’hydrofracturation en Antarctique dans les prochaines décennies », explique Yao Lai, glaciologue à l’Université Columbia, qui est l’auteure principale de l’étude publiée mercredi dans la revue Nature Communications. « Il s’agit d’un phénomène qu’on voit souvent au Groenland, des lacs qui se forment à la surface des glaciers et qui provoquent des fissures déstabilisantes. »

Pour le moment, l’hydrofracturation touche « beaucoup moins que 1 % » de la surface des glaciers antarctiques. « La température est très basse alors il y a peu de fonte de surface », explique Jeremy Bassis, climatologue de l’Université du Michigan qui a écrit un commentaire sur l’étude dans le même numéro de Nature Communications. « Mais ça pourrait changer dans les décennies à venir. »

PHOTO FOURNIE PAR LA NASA

Lacs et hydrofracturation au Groenland

Le modèle de propagation des fissures dans les glaciers est connu depuis les années 1970. « Mais on ne pouvait pas s’en servir pour voir l’évolution à long terme en Antarctique, parce qu’il faut partir de ce qu’on voit maintenant, à partir des données satellites, dit M. Bassis. La superficie est trop grande et les fissures sont trop rares pour qu’un œil humain puisse faire l’analyse. Avec l’intelligence artificielle, mes collègues de Columbia y sont arrivés. »

120 mètres : Niveau minimal, par rapport à maintenant, du niveau de la mer durant la dernière glaciation, il y a 20 000 ans. (Source : GIEC)

Dans l’étude de Mme Lai, le scénario catastrophe qui pourrait voir les glaciers de l’Antarctique couverts d’eau à 60 % est le plus pessimiste du GIEC, le groupe de l’ONU qui fait les prévisions climatiques. Il s’agit d’un monde où la population mondiale ne connaît pas de pic au XXIe siècle, où les pays pauvres restent pauvres, où les progrès dans les véhicules électriques et l’énergie solaire cessent et où le charbon revient en force comme carburant.

« Jusqu’à tout récemment, peu d’experts pensaient que l’Antarctique pourrait perdre une portion significative de ses glaciers en quelques siècles, mais c’est un scénario catastrophe que de plus en plus de gens envisagent, dit M. Bassis. Mais plusieurs études, notamment celle-ci, montrent que ça pourrait survenir avant l’an 2500, peut-être même dès le XXIe siècle. »

Les glaciers de l’Antarctique Est gagnent pour le moment de la glace, mais ceux de l’Antarctique Ouest, beaucoup moins volumineux, en perdent près de 100 milliards de tonnes par année, contribuant à une hausse de 1 cm du niveau de la mer entre 1970 et 2010, selon le GIEC.

Depuis l’ère préindustrielle, le niveau de la mer a monté d’environ 20 cm. Le GIEC estime que cela pourrait atteindre 1 m d’ici 2300, peut-être même dès 2100 selon le scénario le plus pessimiste. Si tous les glaciers de l’Antarctique, fondaient, la hausse du niveau de la mer serait de 53 mètres (7,5 m pour ceux du Groenland).

Pourrait-on voir une hausse du niveau de la mer de 10 mètres avant 2200 ? « Non, je ne crois pas que ça pourrait dépasser quelques mètres dans le pire des cas », dit M. Bassis.