Malgré le fait qu’on l’associe beaucoup au récent mouvement, la jeunesse ne détient pas le monopole de la mobilisation pour l’environnement. Les enjeux liés au climat préoccupent les Québécois de toutes les générations, et de toutes les régions, selon un sondage réalisé dans le cadre du lancement du Baromètre de l’action climatique du Québec, dont les résultats sont dévoilés aujourd’hui. Faits saillants.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

« L’urgence d’agir »

Les changements climatiques sont une réalité qui préoccupe une grande majorité de Québécois. Le sondage, réalisé pour le compte du Laboratoire sur l’action climatique, mis sur pied par une équipe de recherche de l’Université Laval et le site d’information consacré à l’action climatique Unpointcinq, révèle que 74 % des Québécois croient qu’il y a « urgence d’agir ». Le résultat surprend Valériane Champagne St-Arnaud, chercheuse postdoctorale en communication environnementale à l’Université Laval et membre de l’équipe de recherche du Laboratoire sur l’action climatique. « On ne s’attendait pas à ce que les Québécois soient convaincus de l’urgence d’agir, affirme-t-elle. Ils s’attendent aussi à ce que des actions soient prises par les gouvernements et les entreprises. » En revanche, 55 % des Québécois pensent qu’ils devraient eux-mêmes en faire plus.

Des boomers proactifs

Peut-être y penserez-vous deux fois avant de répondre « OK Boomer » à votre collègue de travail qui juge votre véganisme. Invités à évaluer leur niveau d’implication dans la lutte contre les changements climatiques, 74 % des 18 à 24 ans ont dit faire des gestes quotidiens pour réduire leur impact, ce qui est en deçà de la moyenne des répondants (86 %). Les 60 à 69 ans soutiennent quant à eux passer à l’action dans une proportion de 92 %. « On constate que ce sont souvent les plus jeunes, les 18 à 34 ans, qui vont ressentir davantage de sentiments négatifs comme l’impuissance ou la peur, observe Valériane Champagne St-Arnaud. Ils ont besoin d’être rassurés. Ils sont inquiets pour la suite. Ils ont l’impression que les autres générations ou les autres acteurs ne passent pas suffisamment à l’action. » Précisons que les moins de 18 ans n’ont pas été interrogés dans le cadre de ce sondage.

L’impact réel des gestes surestimé

« Si on devait leur donner une note pour évaluer leur compréhension de l’impact de leurs gestes, la majorité des Québécois obtiendraient un D », écrivent les auteurs du rapport. Il est connu que dans ce type de sondage, les répondants ont tendance à surévaluer leur contribution ; c’est ce qu’on appelle le biais de désirabilité sociale, qui consiste à vouloir se présenter sous un jour favorable. « On ne peut le chiffrer, mais il est à considérer quand on fait l’analyse des résultats, note Mme Champagne St-Arnaud. L’autre chose que le baromètre nous a permis de constater est que les gens surévaluent aussi l’effet des gestes qu’ils posent au quotidien. Ils vont souvent penser qu’ils en font davantage parce qu’ils ont l’impression que les gestes qu’ils posent ont vraiment un impact sur le climat, mais ils sont souvent dans l’erreur par rapport à ça. »

Pas que les citadins

« Il y a des mythes qui sont déboulonnés avec ce baromètre-là », constate Philippe Poitras, idéateur et éditeur d’Unpointcinq. Le mythe que les préoccupations environnementales sont plus fortes chez les citadins en fait partie. « On entend souvent dire que les gens en région sont moins avancés par rapport à la question climatique que les gens dans les villes, souligne-t-il. Or, les résultats du Baromètre viennent contredire ça. » À la lumière du sondage, 74 % des individus habitant hors des grandes régions de Québec et de Montréal considèrent qu’il est urgent d’agir contre les changements climatiques et 87 % d’entre eux affirment s’impliquer dans cette lutte, des données qui sont similaires à la moyenne québécoise.

Les femmes en tête

Des sondages précédents avaient démontré la plus grande sensibilité des femmes par rapport à la cause climatique. Celui-ci vient confirmer que l’équilibre n’est pas atteint. Les femmes sont plus nombreuses que les hommes à croire qu’il est urgent d’agir (80 % contre 68 %) et plus nombreuses à affirmer agir déjà et vouloir en faire davantage (76 % contre 65 %). Elles sont aussi majoritaires (56 %) à former le groupe des « décidés » et des « inquiets » (54 %), deux des cinq profils établis par les chercheurs du Laboratoire sur l’action climatique.

De décidés à détachés

« Ce que ce baromètre permet d’établir pour la première fois, c’est qu’on a commencé à identifier des profils qui sont bien distincts par rapport à l’état des connaissances, les attitudes, les comportements, etc. », se félicite Philippe Poitras. Outre les décidés et les inquiets, on retrouve parmi ces profils les consciencieux, les réciproques (qui croient qu’ils ne sont pas les seuls à devoir apporter leur contribution), et les détachés (empreints d’un déni de responsabilités).

Pourquoi ce Baromètre ?

Le Baromètre de l’action climatique du Québec est une initiative du Laboratoire sur l’action climatique, mis sur pied dans le but de développer la communication autour des enjeux climatiques. Visant à faire un état des lieux de la disposition des Québécois envers la lutte contre les changements climatiques, le Baromètre sera alimenté par un sondage réalisé annuellement pendant au moins deux ans et des groupes de discussion. Le présent sondage a été réalisé en ligne par la firme de sondage Léger auprès de 2006 Québécois, entre le 19 et le 26 septembre 2019.