(Ottawa) Le gouvernement Trudeau a tenté de calmer le jeu après avoir laissé la porte ouverte à des assouplissements pour la mise en œuvre de deux lois environnementales critiquées dans l’Ouest canadien. Les groupes écologistes, eux, restent sur leurs gardes.

Catherine Lévesque
La Presse canadienne

Jim Carr, conseiller spécial du premier ministre Justin Trudeau pour les Prairies, a ouvert la porte, jeudi matin, à des assouplissements pour la mise en œuvre des lois C-69 et C-48, qui ont remanié le processus d’évaluation environnementale de grands projets comme les oléoducs et qui ont imposé une interdiction permanente aux pétroliers qui sillonnent la côte nord de la Colombie-Britannique respectivement.

« Je pense qu’il y a une ouverture à regarder ces lois. Le premier ministre l’a dit », a-t-il déclaré. Un peu plus tard, il disait qu’il y avait une volonté « d’améliorer » les lois et n’a pas voulu préciser si les lois allaient être modifiées. Lors d’une troisième mêlée de presse, il a dit que le premier ministre était « ouvert à améliorer le processus » concernant leur mise en œuvre.

PC

Jim Carr

C’est cette dernière ligne que tous ses collègues ont répété au cours de la journée, insistant sur l’importance de C-69 — une loi honnie par les conservateurs fédéraux et leurs homologues provinciaux.

« Il y a une loi. Nous n’allons pas rouvrir la loi. Mais il y a des choses qu’on peut faire dans l’implémentation de la loi. Nous sommes ouverts à des conversations avec l’industrie, avec les environnementalistes pour comment on peut implémenter la loi d’une manière efficace », a réitéré Jonathan Wilkinson, nouveau ministre fédéral de l’Environnement.

« J’ai hâte d’écouter les gens qui sont dans l’industrie — particulièrement les travailleurs, les industriels, les investisseurs, les entreprises et les représentants des gouvernements affectés — pour connaître leurs idées », a renchéri Seamus O’Regan, son collègue aux Ressources naturelles, qui s’envolait jeudi soir pour l’Alberta.

Le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, est de ceux qui exigent des modifications aux nouvelles lois fédérales.

Marcher sur la peinture verte

Les groupes environnementaux n’ont pas tardé à pousser un soupir de soulagement après avoir obtenu l’assurance que les lois resteraient intactes, mais promettent de rester vigilants.

PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Jonathan Wilkinson

« On est rassurés à court terme, mais il y a quand même une petite inquiétude qui persiste parce qu’on trouve en ce moment qu’il y a vraiment une pression qui s’exerce sur ce gouvernement-là et on a peur que le gouvernement cède », affirme Karel Mayrand de la Fondation David Suzuki.

À son avis, il ne faut pas que le gouvernement Trudeau « perde de vue le mandat qu’il a reçu des électeurs d’agir sur les changements climatiques ».

Patrick Bonin, de Greenpeace, s’est pour sa part désolé que la « peinture verte » du gouvernement se soit diluée aussi rapidement en début de mandat.

« Pour un gouvernement qui se vantait pendant la campagne d’avoir renforcé le système de protection environnementale qu’avait démantelé (Stephen) Harper, c’est indécent et inquiétant. Après avoir envoyé Steven Guilbeault au Patrimoine, voilà qu’il ouvre la porte à revoir “la mise en œuvre” des lois environnementales pour satisfaire les pétrolières », critique M. Bonin.

Marc-André Viau, directeur des relations gouvernementales d’Équiterre, dit que son organisation fera preuve de vigilance « pour s’assurer qu’on ne procède pas à un nivellement par le bas des politiques environnementales » à l’avenir.

Rencontres avec des maires

PC

Justin Trudeau et le maire de Calgary, Naheed Nenshim se sont rencontrés jeudi.

Ces lois fédérales plus restrictives ont été notamment discutées jeudi matin lors d’une rencontre entre M. Trudeau et le maire de Calgary, Naheed Nenshi. Jim Carr et la nouvelle ministre des Affaires intergouvernementales, Chrystia Freeland, assistaient aussi à cette réunion dans le bureau du premier ministre à Ottawa.

À l’issue de cette rencontre, M. Nenshi a lui aussi déclaré que le premier ministre s’était montré ouvert à une « amélioration » de la loi, sans toutefois fournir plus de précisions. Le maire Nenshi a promis qu’il continuera « d’être une épine dans le pied » du gouvernement fédéral dans ce dossier.

Le maire de Calgary a aussi rappelé la fragilité de l’unité nationale et le fait que « des paroles et des pensées imprudentes », si elles n’étaient pas contrôlées, « pourraient facilement briser ce qui a pris des générations à bâtir ».

« Ceux d’entre nous qui croient en la promesse de ce pays, qui croient en la promesse de la diversité, de l’inclusion et du pluralisme ici dans ce pays ont un réel travail à faire. Nous devons utiliser nos voix et nous devons utiliser nos actions pour revendiquer ce qui est le mieux pour ce pays », a-t-il dit.

Le maire de Vancouver, Kennedy Stewart, a lui aussi rencontré M. Trudeau jeudi matin. Il a déclaré que les deux hommes avaient concentré leur discussion sur la crise des opioïdes et les moyens d’y remédier.