(Edmonton) Le sol de l’Arctique s’est réchauffé au point de libérer plus de carbone en hiver que la végétation nordique ne peut en absorber en été, démontre une nouvelle étude.

Bob Weber
La Presse canadienne

Cela signifie que la vaste ceinture de toundra autour du globe — un gigantesque réservoir qui contient nettement plus de carbone que ce qu’on retrouve déjà dans l’atmosphère — est en voie de devenir une source des gaz à effet de serre responsables des changements climatiques.

«Il y a une perte nette», a déclaré l’un des 75 co-auteurs d’un article publié dans Nature Climate Change, le professeur Jocelyn Egan de l’Université Dalhousie.

«Chaque année, plus de carbone est (relâché) que ce qui est absorbé. Cela se produit déjà.»

Les recherches menées par des scientifiques de 12 pays et de dizaines d’institutions constituent le plus récent avertissement selon lequel les systèmes naturels du Nord, qui autrefois empêchaient efficacement l’émission de carbone de l’atmosphère, commencent maintenant à en produire.

Jusqu’à présent, on ne savait que peu de choses sur les émissions hivernales du pergélisol et du sol qui le recouvre. Même les scientifiques supposaient que les processus microbiens qui libèrent les gaz s’arrêtaient dans le froid.

«La plupart des gens pensent qu’en hiver, il n’y a pas de respiration, que les microbes qui absorbent le carbone produisant ces émissions ne sont pas actifs, ce qui n’est pas le cas», a expliqué M. Egan.

Deux fois plus que les estimations précédentes

Les scientifiques ont installé des détecteurs de dioxyde de carbone sur le sol à plus de 100 emplacements situés autour de l’Arctique circumpolaire pour voir ce qui se passait réellement et ont effectué plus d’un millier de mesures.

Ils ont découvert que beaucoup plus de carbone était libéré que ce qu’on pensait jusqu’à maintenant. Les résultats montrent que les émissions de dioxyde de carbone — soit 1,7 milliard de tonnes par an — sont environ deux fois plus élevées que les estimations précédentes.

On pense que la végétation arctique absorbe un peu plus d’un milliard de tonnes de gaz de l’atmosphère chaque année pendant la saison de croissance. Le résultat net est que les sols arctiques dans le monde rejettent probablement déjà plus de 600 millions de tonnes de CO2 par an.

Les scientifiques pensaient auparavant que le carbone absorbé par les plantes de la toundra au cours de l’été compensait plus ou moins les émissions de l’hiver et pour celles résultant de la fonte du pergélisol pendant la saison chaude.

Ce n’est pas ce qui se passe, a souligné M. Egan.

«Nous constatons que la valeur émise en hiver est supérieure à l’absorption nette pour la saison de croissance», a-t-il dit.

De plus, le rythme des émissions va probablement augmenter.

Dans un scénario de statu quo, les émissions du sol nordique seraient susceptibles de libérer 41% plus de carbone d’ici la fin du siècle.

Mais l’Arctique se réchauffe déjà trois fois plus vite que le reste du monde. Même si des efforts importants d’atténuation sont déployés, ces émissions augmenteront de 17%, indique le rapport.

M. Egan note que la recherche n’a pas mesuré le méthane, un gaz à effet de serre environ 30 fois plus puissant que le dioxyde de carbone et qui est également rejeté par le sol.

Ses conclusions font écho à des études antérieures.

L’été dernier, des recherches ont suggéré que des incendies de forêt plus importants et plus chauds transformaient les forêts boréales en sources de carbone. Un autre article a révélé qu’au lieu de fondre lentement et régulièrement, le pergélisol est sujet à des plongeons soudains qui accélèrent la libération de carbone.