Pour répondre à un printemps plus précoce, la mésange pond ses oeufs plus tôt tandis que les collemboles, de minuscules invertébrés, modifient leur ponte en fonction de la richesse du sol où ils vivent, selon des travaux récents.

Boris Cambreleng

«Dans un environnement riche en nourriture, une femelle produira une ponte nombreuse composée de petits oeufs», soulignent Thomas Tully et Régis Ferrière, chercheurs au laboratoire Ecologie et Evolution du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) à Paris.

Au contraire, «lorsque la compétition vient à s'intensifier avec une population plus dense et une nourriture moins abondante, la femelle changera de stratégie pour produire des oeufs moins nombreux mais plus gros. Ainsi les nouveau-nés, plus gros, seront-ils mieux dotés pour survivre dans ces conditions difficiles», poursuivent les deux chercheurs, dont le travail est publié dans la revue scientifique internationale en ligne PLoS One.

Ces petits animaux mesurant de 1 à 2 mm, longtemps tenus pour des insectes, sont tous des femelles et tous des clones au sein de lignées génétiques distinctes. La comparaison de ces lignées permet de mesurer les effets du milieu environnant sur différents groupes génétiques.

«Certaines lignées clonales de collemboles auront tendance à modifier énormément le nombre des oeufs pondus alors que d'autres le font beaucoup moins», a déclaré M. Tully à l'AFP.

«Le fait remarquable est que ceux qui sont capables de démultiplier leur reproduction d'une semaine sur l'autre ont une durée de vie beaucoup plus courte», ajoute le chercheur.

Un vieillissement accéléré pourrait donc «être la conséquence non simplement d'une reproduction plus intense, mais plutôt d'une forte plasticité de la reproduction», selon les biologistes.

La capacité d'adaptation de la reproduction aux changements environnementaux n'est pas l'apanage exclusif d'espèces millimétriques.

Ainsi, une population de mésanges charbonnières observée pendant 47 ans en Grande-Bretagne a-t-elle avancé de 14 jours sa période de reproduction pour «compenser la hausse printanière de température de 2°C», explique dans le journal du CNRS Anne Charmantier, du Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive à Montpellier (sud de la France).

Chez ces oiseaux qui doivent tuer plus de 6000 larves d'insectes pour nourrir une portée, la période d'accouplement serait calculée, permettant aux oeufs d'éclore chaque année un peu avant le pic d'abondance des chenilles.

Les scientifiques ont en effet constaté qu'en Grande-Bretagne, le réchauffement climatique avait, depuis un demi-siècle, eu pour effet d'avancer de deux semaines l'apparition des chenilles.

Cet exemple d'adaptation réussie ne semble toutefois pas généralisable puisqu'aux Pays-Bas, «l'effectif de mésanges charbonnières décline depuis 30 ans car la hausse de température a lieu à la fin du printemps», fournissant aux hormones de la femelle un indice qui déclenche la reproduction trop tard.

«La plasticité, c'est la clé pour comprendre la capacité à répondre aux changements environnementaux. Le changement climatique, ça peut être aussi une plus grande variabilité environnementale. Il est important de connaître les espèces les mieux armées pour y faire face», souligne M. Tully.

«Dans ces deux exemples, on voit qu'au sein d'une même espèce, certaines populations sont plastiques, d'autres beaucoup moins. L'évolution vers une plus grande plasticité semble possible mais difficile et coûteuse», conclut le chercheur.