François Legault refilerait à Ottawa la facture des services publics donnés aux nouveaux arrivants qui deviendraient des sans-papiers en cas d'échec aux tests de français et des valeurs d'un gouvernement caquiste.

Mis à jour le 28 sept. 2018
TOMMY CHOUINARD LA PRESSE

« Oui, comme on le fait actuellement » pour les migrants qui entrent au pays par le chemin Roxham près de la frontière américaine, a soutenu le chef de la Coalition avenir Québec lors d'une mêlée de presse après son discours devant la Chambre de commerce du Montréal Métropolitain où il n'a pas dit un mot sur l'immigration.

« Quand on a des réfugiés qui arrivent par le chemin Roxham, ça prend 18 mois en moyenne pour qu'il y ait une réponse d'Ottawa. Donc il y a une situation à négocier avec Ottawa. Actuellement, Ottawa paie pour une partie des services à ces personnes-là. Donc il faudrait en discuter avec Ottawa. L'immigration, ça relève d'Ottawa », a-t-il ajouté.

En matinée, François Legault a dû expliquer au 98,5 FM les conséquences pour un nouvel arrivant d'échouer aux tests qu'il devrait passer trois après son arrivée. 

« C'est au gouvernement fédéral de décider : est-ce qu'on les envoie dans une autre province ? Est-ce qu'on les met dans la partie réunification familiale ? [...] Nous, on n'a aucun pouvoir » pour les expulser, c'est Ottawa qui l'a, a-t-il expliqué. « C'est le gouvernement fédéral qui va décider qu'est-ce qu'il fait avec la personne qui n'a pas de statut qui n'est pas citoyen. »

Questionné pour savoir si son plan entraînerait la création de sans-papiers, M. Legault a répondu qu'« il y en a dans tous les pays », des sans-papiers. « Mais un moment donné, on a le droit, et je pense que les Québécois me suivent, la majorité des Québécois sont d'accord pour dire que les nouveaux arrivants devraient réussir un test de français et un test des valeurs », a-t-il ajouté.

Le député sortant et candidat libéral, Marc Tanguay, s'est pointé devant l'hôtel où la Chambre de commerce accueillait M. Legault pour critiquer sa sortie. Il « a confirmé qu'il créerait ni plus ni moins une classe de sans-papiers avec ses tests. C'est extrêmement inquiétant », a-t-il soutenu, martelant la même réponse et esquivant les questions. Une responsable des communications du parti est intervenue à plusieurs reprises pour tenter de mettre fin aux questions.

Le libéral a relevé que le Washington Post a publié un texte intitulé « Un parti politique en lice aux élections au Québec promet d'expulser les immigrants qui échouent un test des valeurs ». De la « mauvaise publicité » pour le Québec, selon M. Tanguay. François Legault a réagi à cet article en disant que c'est le résultat de la « campagne de peur de Philippe Couillard.

La sortie de M. Tanguay est selon lui un signe de « panique » du Parti libéral. « C'est un peu spécial », et « j'aimerais voir si Philippe Couillard aimerait ça qu'on envoie nos députés quand il va faire des allocutions devant des chambres de commerce », a-t-il ajouté.

Rappelons que François Legault promet de réformer le système d'immigration actuel. Il veut demander aux nouveaux arrivants de réussir un test de français et un test de connaissance sur les valeurs québécoises pour obtenir le certificat de sélection du Québec (CSQ). Ils devraient le faire dans un délai de trois ans après leur arrivée (alors que le CSQ est remis à l'heure actuelle dès l'arrivée d'un immigrant économique choisi par Québec). D'ici la réussite des tests pour obtenir le CSQ, un gouvernement caquiste remettrait aux immigrants un nouveau « certificat temporaire ».

« On ne pense pas que c'est nécessaire d'avoir une négociation avec Ottawa, a dit M. Legault vendredi. Je pense qu'actuellement, il y a déjà une entente qui permet au gouvernement du Québec de décider si oui ou non il émet un certificat de sélection. » Il a renvoyé une bonne partie des questions à au fédéral, car « l'immigration, ça relève d'Ottawa ».

S'ils échouaient aux tests, les nouveaux arrivants seraient des illégaux, et le fédéral devrait décider de leur sort. Le chef caquiste a signalé plus tôt dans la campagne qu'il serait plus souple dans ses exigences envers des personnes « très âgées » ou qui ont des difficultés d'apprentissage. Un immigrant qui montrerait de la bonne foi dans l'apprentissage de la langue pourrait rester malgré un échec au test de français, a-t-il également indiqué. Ce serait le cas d'un père de famille, puisque la CAQ ne veut pas « diviser des familles ». 

Il a également précisé que les reprises de tests seraient sans limites. Les nouveaux arrivants pourraient les reprendre « autant de fois qu'ils le veulent », mais pas au-delà d'un délai supplémentaire d'un an qu'un gouvernement caquiste pourrait leur accorder après les trois années prévues.

« Je vais tout faire pour que les personnes s'intègrent et réussissent les tests, a-t-il affirmé vendredi. Le test de français, c'est le plus difficile parce qu'il faut suivre des cours. Mais le test des valeurs, il faut apprendre la Charte québécoise des droits et liberté pour réussir le test, ça ne doit pas être si compliqué. »