François Legault soupçonne Philippe Couillard d'avoir de l'argent à l'étranger qu'il n'a pas divulgué dans son bilan financier. Ce qui lui met la puce à l'oreille : le chef libéral déclare des « impôts latents » dans son passif.

Mis à jour le 25 sept. 2018
Tommy Chouinard LA PRESSE

Dans son bilan au 31 décembre 2017 rendu public lundi, le chef libéral a dévoilé des actifs de 659 402 $, inférieurs à ceux de sa conjointe Suzanne Pilote, et un avoir net d'environ 442 000 $.

Il inscrit dans son passif un montant de 187 584 $ à titre d'« impôts latents ». Mme Pilote en déclare pour 142 000 $.

François Legault a été appelé à expliquer ce que sont des impôts latents lors d'une mêlée de presse à l'usine Chantiers Chibougamau, mardi.

« Les impôts latents, ce sont des impôts qui seront éventuellement payés, habituellement quand de l'argent va être rapatrié d'un autre pays. Moi, comme comptable agréé, c'est ce que je comprends », a-t-il affirmé.

Même si François Legault reconnaît que « ça fait longtemps » qu'il ne pratique plus, il se dit néanmoins convaincu de ses explications. « Quand j'étais comptable agréé et que je pratiquais à temps plein, c'est ce que ça voulait dire », des impôts latents.

M. Couillard cache-t-il de l'argent à l'étranger ? « Posez la question à M. Couillard », a répondu le chef caquiste.

Il a noté qu'« habituellement, ici, les impôts sont payés au fur et à mesure qu'ils sont déclarés ». Les impôts latents, « ce sont des impôts à payer qui n'ont pas été payés. Pourquoi ils n'ont pas été payés ? », s'est-il demandé.

Sur son site web, l'Office québécois de la langue française présente une définition de l'expression « impôts latents » : « Dans un bilan personnel, provision constituée pour couvrir les sommes que le particulier devrait payer en impôts si ses biens étaient vendus aux valeurs actuelles estimatives indiquées à la date du bilan ». Cette définition est tirée du Dictionnaire de la comptabilité et de la gestion financière, un document produit par l'Institut canadien des comptables agréés.

En 2014, Philippe Couillard avait inscrit un montant de 158 565 $ à titre d'impôts latents. Cette année-là, il reconnaissait avoir eu un compte bancaire dans un paradis fiscal, à Jersey, dans les années 90 alors qu'il travaillait comme neurochirurgien en Arabie Saoudite et qu'il n'était plus un résidant à des fins fiscales du Québec. « Ce compte était public, déclaré et les impôts dus ont été acquittés. Les lois fiscales québécoises et canadiennes ont toujours été respectées », indiquait le PLQ par voie de communiqué en mars 2014. On comprenait alors que M. Couillard avait divulgué l'existence de ce compte aux autorités fiscales et qu'il fut imposé sur les revenus d'intérêt et de placements de ce compte entre 1996 et 2000 comme si l'argent avait été transféré dans un compte bancaire du Canada. Le compte n'existait plus, selon les explications données en 2014.

François Legault n'a pas abordé ces éléments lors de sa mêlée de presse.

« Je n'ai jamais été millionnaire », dit Couillard 

De passage en Estrie, mardi, Philippe Couillard a affirmé qu'il n'a « jamais été millionnaire », contrairement à ce que certains pourraient penser étant donné qu'il a pratiqué la médecine au Québec et à l'étranger. 

De retour à bord de l'autobus, questionnée par les journalistes sur ses « impôts latents », l'équipe des communications du Parti libéral a affirmé que « la bonne pratique comptable dans un bilan personnel est d'inclure une provision pour couvrir les sommes à payer en impôts si les actifs étaient vendus aux valeurs marchandes indiquées à la date du bilan. »  

« Dans le cas de M. Couillard, il s'agit de l'estimation de l'impôt qu'il devrait payer s'il liquidait ses actifs », a-t-on ajouté. 

L'équipe des communications du PLQ nie également les allégations de François Legault, qui soupçonne Philippe Couillard d'avoir des avoirs à l'étranger. Ce n'est pas le cas, a-t-on dit à la presse. 

-Avec Hugo Pilon-Larose, La Presse