François Legault veut assouplir les règles de protection des milieux humides qui « manquent de bon sens » et qui représentent un « problème » pour le développement des villes.

Mis à jour le 25 sept. 2018
Tommy Chouinard LA PRESSE

Le chef caquiste a été appelé à se prononcer sur le sujet lors de son passage à la mine d'Eldorado Gold à Val-d'Or, lundi. Il expliquait alors qu'attirer des travailleurs est difficile en raison du manque de logements. Un gouvernement caquiste investirait dans l'immobilier et financerait la construction de maisons, a-t-il proposé. Les travailleurs loueraient les maisons « plutôt que de prendre le risque de les construire eux-mêmes ».

« Je suis certain que le gouvernement du Québec, sur cinq ans, ne perdrait pas d'argent » dans l'opération, a-t-il soutenu. 

« On parle d'ajouter des centaines, peut-être même des milliers d'emplois payants à Val-d'Or, mais il manque de logements. Il me semble que le gouvernement du Québec pourrait prendre une partie du risque immobilier pour y arriver. » - François Legault, chef de la Coalition avenir Québec

Un journaliste local lui a alors fait remarquer que le problème du développement résidentiel dans la ville était lié aux milieux humides.

« Ça, c'est un autre problème aussi, est-ce que les règlements manquent de bon sens quand il s'agit des milieux humides ? Actuellement, tout le monde m'en parle dans à peu près toutes les villes du Québec. Donc, il y a peut-être des ajustements à faire du côté des milieux humides », a affirmé M. Legault lors d'une mêlée de presse, sans préciser davantage sa pensée.

Le chef caquiste se contente d'ailleurs de mêlées de presse depuis jeudi, des exercices expéditifs et peu propices au traitement approfondi des enjeux. Sa dernière conférence de presse en bonne et due forme remonte à mardi dernier.

« UN FREIN AU DÉVELOPPEMENT »

En soirée, après un discours devant une quarantaine de militants à Amos, François Legault est allé à la rencontre de deux maires présents sur place et leur a suggéré de parler aux médias du dossier des milieux humides. La Presse venait de mettre en ligne, vers 17h, un texte sur ses intentions à ce sujet.

La réglementation actuelle est « un frein au développement résidentiel, commercial et industriel », a déclaré le maire de La Sarre, Yves Dubé. Selon la catégorisation du sol en vigueur, « presque l'entièreté » de la municipalité « est en milieux humides ou potentiellement humides ».

Il déplore les « montants exorbitants » exigés à titre de compensation lorsque l'on sacrifie un milieu humide.

« On a lancé un développement de petites maisons. Et pour 22 terrains, ça nous coûtait 104 000 $ en compensations [pour les milieux humides]. Vous comprenez qu'il faut vendre les terrains pas mal plus cher. » - Yves Dubé, maire de La Sarre

Puis M. Legault a invité le maire d'Amos, Sébastien D'Astous, ex-candidat de la CAQ, à s'exprimer devant les caméras.

« Le régime de compensation vient mettre un coup de barre sur nos entrepreneurs, a-t-il affirmé. On a beaucoup de projets, et je ne suis pas capable d'agrandir mon périmètre urbain. » Il estime qu'en vertu d'une nouvelle réglementation adoptée récemment, « on tombe à 6 $ du mètre carré, et c'est encore trop élevé ». « J'ai un parc industriel qui me coûterait 850 000 $ juste en compensation. »

La catégorisation du sol pose également problème, selon lui. « Un petit peu de terre noire, un fossé créé par l'homme, tout devient un milieu humide ! »

« RÉDUIRE LES DÉLAIS »

Par ailleurs, François Legault s'est plaint des délais d'autorisation en matière environnementale lors de son passage à Val-d'Or. Il compte remédier à la situation s'il est porté au pouvoir.

« Quand je rencontre les compagnies minières, c'est unanime. Si on leur demande un changement qu'on peut faire pour les aider, c'est de réduire les délais d'autorisation en environnement et avoir des réponses plus rapides du ministère des Ressources naturelles », a-t-il dit. Il veut transférer dans la région des fonctionnaires des Mines et de l'Environnement « pour être certain que les gens qui viennent répondre aux questions des entreprises, bien qu'ils sachent de quoi ils parlent ».

« On ne parle pas de réduire les exigences, on parle de réduire les délais, a-t-il insisté. Dans le secteur minier, les délais, ça se compte en années au Québec alors qu'ailleurs dans le monde, ça se compte en nombre de mois. [...] Il y a un projet ici pour créer 250 jobs de plus, des jobs à 96 000 piastres par année, ce n'est pas vrai qu'on va laisser les ministères et les fonctionnaires traîner ça pendant des années. »