Philippe Couillard a dû de nouveau s'expliquer mardi sur ce qu'il voulait dire lorsqu'il a affirmé au débat des chefs en anglais que la motion adoptée par l'Assemblée nationale sur le « Bonjour-Hi » était un « incident ». S'il souhaite toujours tourner la page, il voterait de nouveau pour cette même motion si elle se représentait.

Mis à jour le 19 sept. 2018
HUGO PILON-LAROSE LA PRESSE

Une journée après le débat en anglais, télédiffusé lundi sur les chaînes anglophones, Philippe Couillard a nuancé mardi sa position sur le « Bonjour-Hi ».

L'automne dernier, l'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité une motion appelant les commerçants à accueillir leurs clients avec le mot « Bonjour », plutôt que la populaire formule bilingue.

« [En utilisant le mot "incident"], je voulais dire un événement politique qui a eu une importance. On en a parlé dans les médias pendant plusieurs jours. [...] Je ne regarde pas le dictionnaire chaque fois que je prononce un mot », a expliqué le chef libéral mardi.

Si une telle motion était de nouveau présentée à l'Assemblée nationale, M. Couillard voterait de nouveau pour son adoption.

« Je ne regrette pas cette motion parce que, comme elle est formulée, elle reflète ce que je crois du Québec, c'est-à-dire un endroit où la langue française est la langue officielle, mais où tous les Québécois sont bienvenus et où la langue anglaise n'est pas une langue étrangère. » - Philippe Couillard

« Mais il faudrait expliquer encore davantage pourquoi ça reflète pour moi ce qu'est le Québec moderne », a-t-il précisé.

PAS DE SEUIL D'IMMIGRANTS ÉCONOMIQUES

Invité par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) à tenir une conférence, mardi, Philippe Couillard a refusé de fixer un seuil d'immigrants économiques accueillis chaque année au Québec.

« Si vous ciblez une cible à la hausse, qu'est-ce qui arrive avec les autres cibles ? Ce n'est pas si simple que ça », a-t-il dit.

Selon les chiffres du ministère de l'Immigration, le nombre d'immigrants économiques accueillis sur une base annuelle fluctue d'année en année dans la province. Par exemple, en 2010, le Québec en a accueilli 37 921. Ce nombre a ensuite grimpé à 39 638 en 2012, avant de descendre à 33 469 en 2014 et à 31 600 en 2016.

Lundi, lors d'une conférence de presse à Montréal, M. Couillard a affirmé que cette situation n'aggravait pas la pénurie de main-d'oeuvre.

« On ne peut pas segmenter l'immigration et dire qu'il n'y a que les immigrants économiques qui sont de bons immigrants. Toute l'immigration est aujourd'hui importante. » - Alexandre Taillefer, président de la campagne libérale

COMME LA CHARTE DES VALEURS

Alors que les chefs s'affronteront demain pour la dernière fois lors d'un débat diffusé à TVA, Philippe Couillard a tenté de créer un pont mardi entre la proposition caquiste sur l'immigration et l'ancienne charte des valeurs du gouvernement péquiste de Pauline Marois.

En entrevue à la radio de CBC Montréal, le chef libéral a affirmé que la position de François Legault, qui est de faire passer un test de français et un test de valeurs aux immigrants dans les trois premières années de leur arrivée au Québec, pourrait nuire à la réputation du Québec à l'étranger.

« Je remarque que M. Legault ne parle jamais positivement d'immigration. L'avez-vous entendu depuis quatre ans parler une fois positivement de l'immigration ? Moi, jamais », a défendu bec et ongles M. Couillard.

« Avec la charte des valeurs, on voulait priver [les immigrants] de leur emploi. Là, on va encore plus loin. On leur dit : "Vous n'êtes plus désirable au Québec, vous devez quitter" », a conclu le chef libéral.