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Les médecins déjà surchargés de travail

La Dre Julie Choquette suit 800 patients, soit... (Photo: André Pichette, La Presse)

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La Dre Julie Choquette suit 800 patients, soit beaucoup moins que ce que voudrait la CAQ, et ses journées sont déjà bien remplies.

Photo: André Pichette, La Presse

Le Dr Gaétan Barrette, candidat-vedette de la Coalition avenir Québec, martèle que tous les Québécois auront un médecin d'ici un an s'il devient le prochain ministre de la Santé. Sa stratégie: inciter chaque omnipraticien à voir 25 patients par jour en échange d'une meilleure rémunération, ce qui équivaut à prendre en charge de 1000 à 1600 patients, selon le type de pratique. La promesse relève-t-elle de la pensée magique? Plongeon dans l'univers d'un médecin qui travaille dans un contexte idéal et qui suit... 800 patients.

La Presse a passé plusieurs heures en cabinet avec une jeune médecin de famille qui pratique dans un groupe de médecine familiale. Même avec des conditions optimales, on a constaté que l'élastique est étiré au maximum et que les médecins peuvent difficilement voir davantage de patients. À moins, bien sûr, de travailler 24h sur 24.

9h

La Dre Julie Choquette n'a pas eu à passer voir ses patientes à la Cité-de-la-Santé de Laval avant de commencer sa journée: personne n'a accouché. Nous nous donnons donc rendez-vous à son cabinet de la Polyclinique Concorde, groupe de médecine familiale (GMF) de Laval réunissant 25 médecins, dont 7 en obstétrique, qui se partagent les tours de garde le week-end. Il y en a 243 comme celui-ci au Québec. L'équipe peut compter sur le soutien de quatre infirmières. Les dossiers sont informatisés et la Dre Choquette est équipée d'un carnet d'ordonnances électronique. Ici, presque tous les services sont offerts, de la clinique sans rendez-vous à la résonance magnétique en passant par des médecins spécialistes qui ont des bureaux sur place. C'est la pratique idéale, celle que le Dr Barrette veut étendre à toute la province.

9h10

La jeune femme qui se présente a fait la route de Mont-Tremblant pour voir son docteur. Elle est enceinte de son deuxième enfant, et elle veut une césarienne planifiée. La Dre Choquette a mis au monde son premier bébé, une fille. C'était il y a environ sept ans, au tout début de sa pratique en médecine familiale. Elle détermine le nombre de semaines de grossesse de sa patiente, lui explique la teneur du programme québécois pour détecter la trisomie 21. Au-dessus de son bureau trônent trois portraits; ceux de ses trois enfants d'âge préscolaire et primaire. Elle tape sur son clavier d'ordinateur. Des ordonnances sortent de l'imprimante. Une trentaine de minutes se sont écoulées pour établir le plan de grossesse. Elle a 22 patients aujourd'hui. «On ne retournerait pas aux dossiers papier. On gagne du temps», dit-elle.

9h45

La patiente vient de quitter le cabinet. Pendant qu'elle ouvre le prochain dossier, la Dre Choquette explique qu'il lui a fallu six mois à peine pour afficher complet. Quelque 70 000 patients sont sans médecin à Laval. Elle suit 800 patients sur une base régulière. Les femmes enceintes ont des suivis réguliers. Elle peut faire de deux à trois accouchements par semaine, parfois au beau milieu de la journée - ou de la nuit. Sans oublier les appels de l'hôpital pour des lectures foetales douteuses. «Deux ou trois, c'est le maximum d'accouchements que je peux faire dans une semaine. Je saute souvent des repas. Mon conjoint veille constamment à ce que nous ayons une caisse de Boost à la maison», glisse-t-elle avant d'appeler sa prochaine patiente.

10h

La femme a le ventre gros comme un ballon de plage; elle va accoucher prochainement. Ce sera un garçon. «Est-ce que le bébé bouge? Combien de fois par jour? Des contractions?», demande la médecin. Elle écoute le coeur du bébé, mesure le tour de taille de la maman, vérifie son poids. La patiente se lève de la table d'examen. Le sujet glisse vers la campagne électorale. «J'ai peur que les médecins aillent vers le privé si vous êtes obligés de voir 25 patients dans le public, dit la patiente. Inévitablement, ça va se faire au détriment des patients. On va payer le prix.» La Dre Choquette estime que la prise en charge doit se faire sur une base «volontaire». «On a déjà plusieurs obligations, notamment le choix de notre ville de pratique [les PREM, gérés par le gouvernement, pour répartir les médecins selon les besoins des différentes régions], et nos activités médicales à l'hôpital [AMP]. Par exemple, les jeunes médecins ne peuvent plus faire d'obstétrique à Laval, c'est complet, les horaires sont donc exigeants pour ceux qui font de l'hospitalisation. Je suis chanceuse.»

10h30

Une fillette de 4 ans, son frère de 6 ans et leur père sortent du bureau. Elle a mis au monde les deux enfants. «Ma pratique est relativement jeune, je vieillis avec eux», explique la Dre Choquette. Un homme entre. Il avoue qu'il prend mal ses médicaments pour le cholestérol. Le médecin ajuste son ordonnance, le sensibilise. Dans quelques minutes, elle va voir ses filles l'une après l'autre. Il sera question de prévention de l'obésité, de contraception, de prévention des infections transmises sexuellement.

11h15

La Dre Choquette voit une autre patiente avant d'aller chercher une bouchée à la cafétéria de la polyclinique. Le téléphone sonne. C'est une patiente qui a fait cinq fausses couches et qui a peur de perdre son bébé. «Elle a besoin d'être rassurée, de savoir que le coeur de son bébé bat. Je lui ai dit de venir toutes les semaines si elle en ressent le besoin. Je vais la voir entre deux visites.» Ses patients doivent attendre en moyenne deux mois pour un rendez-vous ordinaire. «La moitié de ma pratique est en obstétrique. Je pourrais doubler ma liste si je ne faisais que du cabinet. Sauf que c'est bien beau d'inscrire des nouveaux patients, encore faut-il pouvoir les voir. Si je prenais 200 patients de plus, comme le souhaite le Dr Barrette, je ne vois pas comment je pourrais voir des patients entre deux visites.» En plus, la Dre Choquette peut compter sur les services de son infirmière, son «bras droit», qui voit des bébés, procède à des tests de dépistage, fait de la formation, des prises de sang. «Le contexte idéal», quoi.

11h20

Dernière patiente de la matinée, une femme de 43 ans qui souffre d'un fort syndrome prémenstruel. On attend les résultats de sa mammographie. La Dre Choquette se fait rassurante. Une fois la patiente partie, elle ouvre un petit tiroir, puis une chemise. «Ce sont des cartes de remerciement de mes patients. Parfois, j'ai des cadeaux. C'est mon remontant les jours de découragement.»

11h45

La jeune médecin de famille propose de visiter la polyclinique. À la clinique sans rendez-vous, où elle fait des quarts en rotation avec ses confrères, un homme attend, le doigt ensanglanté. «Nous sommes pris au sérieux, mais c'est dommage, le cliché qui persiste. Le cliché des spécialistes qui nous regardent de haut et qui dénigrent les médecins de famille, comme à la faculté. Comme si notre choix était du gaspillage.» La Dre Choquette enchaîne en expliquant qu'elle veut voir grandir ses trois enfants. «Être à la maison pour les leçons et les devoirs de mes enfants, être présente quand il y a un problème, c'est important pour moi. Afin d'y parvenir, je mange sur le pouce, je suis chanceuse, je peux compter sur ma mère. Mais elle vieillit, je dois y penser.»




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