Grâce au pétrole et aux mines, François Legault croit pouvoir ramener la dette québécoise au niveau de celle des autres provinces canadiennes.

Mis à jour le 7 août 2012
Vincent Brousseau-Pouliot LA PRESSE

«C'est très audacieux, c'est de la spéculation. On ne sait pas quelle quantité on va exploiter, le coût du pétrole et les impacts environnementaux. Pour les projets pétroliers, il faudra attendre encore au moins cinq ans», dit Pierre-Olivier Pineau, professeur à HEC Montréal et spécialiste des questions énergétiques.

D'abord, l'objectif: en 2011, la dette nette du Québec (159 milliards) correspondait à 49,9% de son PIB. Les deux autres provinces les plus endettées: la Nouvelle-Écosse (35,3% du PIB) et l'Ontario (35,0% du PIB), cette dernière étant un bon baromètre canadien en raison de sa taille.

Dans le dernier budget Bachand, le gouvernement estimait pouvoir aller chercher 415 millions par année en 2016-17 avec les redevances minières. Modeste, mais François Legault mise davantage sur le pétrole de toute façon. Au Québec, on fonde de l'espoir à long terme dans trois régions: Anticosti (40 milliards de barils), Old Harry (6 milliards de barils) et la Gaspésie (0,25 milliard de barils).

Les retombées du projet Old Harry étant trop incertaines, il faut se limiter à celui d'Anticosti pour les calculs. Les plus optimistes croient que les promoteurs pourraient récolter 10% des barils disponibles, soit 4 milliards de barils. En utilisant les calculs du ministère des Finances (à 100$ le baril, pas loin du cours actuel), on arrive à des redevances de 32 milliards sur la durée de vie du projet (environ 20 ans selon la CAQ), soit 1,6 milliard par année. Précision importante: il serait très étonnant que les projets pétroliers d'Anticosti se mettent en branle au cours du prochain mandat, donc les contribuables québécois devront être patients pour réduire leur dette.

En additionnant les mines et le pétrole, on arrive donc à deux milliards par année en redevances (20 milliards sur 10 ans, 30 milliards sur 15 ans). En allouant ces sommes à la dette du Québec en 2011, celle-ci serait réduite à 45,5% du PIB (redevances sur 10 ans) ou 43,5% du PIB (redevances sur 15 ans). On est loin du 35% du PIB de l'Ontario, mais le pétrole d'Anticosti et les mines permettraient de réduire la moitié du chemin avec le reste du Canada, en se basant sur leur niveau de dette de 2011.

La CAQ reconnaît que l'autre moitié du plan de réduction de la dette serait basée sur la saine gestion des finances (le Québec ne ferait pas de déficit au contraire de l'Ontario) et sur les possibilités du projet pétrolier Old Harry. Mais le professeur Pierre-Olivier Pineau continue de penser que François Legault spécule trop sur le pétrole. «C'est dangereux de baser un plan de réduction de la dette sur un domaine aussi spéculatif», dit M. Pineau.