En 2009, les anglophones avaient les bleus. Ils avaient le choix entre une souverainiste, un «rêveur» qui croyait que le 11-Septembre était un complot et un maire affaibli par des scandales. La majorité des anglophones ont voté pour Gérald Tremblay la mort dans l'âme.

Mis à jour le 15 oct. 2013
Michèle Ouimet LA PRESSE

Quatre ans et une commission Charbonneau plus tard, l'échiquier politique est bouleversé. Cette année, deux fédéralistes, Marcel Côté et Denis Coderre, se disputent le vote des anglophones, et Richard Bergeron séduit ceux qui ont le coeur à gauche. Porte-à-porte avec Russell Copeman, un anglo pure laine, et coup de sonde auprès d'anglophones influents.

Quand il se présente devant un électeur, Russell Copeman ne prononce jamais le nom de Louise Harel.

«Bonjour, je m'appelle Russell Copeman et je suis candidat à la mairie de Notre-Dame-de-Grâce. J'ai été votre député pendant 14 ans.»

Louise Harel? Pas un mot, comme si elle n'existait pas.

Mme Harel n'a pas la cote auprès des anglophones. Ministre, elle a mené le dossier honni des fusions. Pire, elle est souverainiste. Deux péchés mortels.

Tout séparait Russell Copeman de Louise Harel. Elle est une souverainiste convaincue, il est un fédéraliste pure laine; elle a été la mère des fusions, il a été, et est toujours, viscéralement opposé aux fusions. Mais par un étrange détour de la politique, il s'est retrouvé dans le même parti que Mme Harel, Coalition Montréal.

La Coalition est née en juin quand Mme Harel a compris qu'elle ne pourrait jamais rallier les anglophones. En 2009, 54% des francophones ont voté pour elle, contre 4% des anglophones. Une cause désespérée. Elle s'est donc effacée au profit de Marcel Côté, un fédéraliste, chouchou du monde des affaires.

C'est ainsi que Russell Copeman, député libéral dans NDG pendant 14 ans, s'est retrouvé sous la houlette d'une coalition dirigée par Marcel Côté et Louise Harel.

«Mme Harel et moi sommes d'accord pour être en désaccord», explique Russell Copeman.

Quand M. Copeman fait du porte-à-porte, il parle de tout: son programme, les infrastructures, les pistes cyclables, Marcel Côté, ses années à Québec comme député libéral, le beau temps, les enfants, l'école, son intégrité, son nom qui n'a jamais été prononcé à la commission Charbonneau. Mme Harel reste dans le garde-robe. Et personne ne lui en parle. À son grand soulagement.

M. Copeman connaît NDG sur le bout des doigts. Il n'a jamais aimé le maire sortant, Michael Applebaum, accusé de fraude, d'abus de confiance et de corruption. «Il avait un style impérial et il donnait rarement des réponses claires», affirme-t-il.

Aujourd'hui, il convoite son poste. Alors, il fait du porte-à-porte, même s'il n'aime pas ça.

15h30. Russell Copeman s'arrache de sa chaise. Il déplie sa longue silhouette de 6'3 et quitte à regret la terrasse du Starbucks de l'avenue de Monkland. Il fait beau, le soleil est chaud, la vie est au ralenti.

On laisse Monkland pour aller dans le fief de M. Copeman, une enclave anglophone située à l'extrême ouest de NDG.

M. Copeman fait du porte-à-porte comme un marathonien. Il grimpe les marches deux par deux, écrase la sonnette, attend et coince un dépliant dans la porte si personne ne répond. Il repart au galop: marches, sonnette, dépliant.

«Je fais ça vite, je niaise pas», dit-il en courant - ou presque - vers une autre porte.

Si un électeur lui parle de Louise Harel, sa réponse est toute prête: «M. Côté est fédéraliste et Mme Harel se présente comme conseillère. Il y a des souverainistes et des fédéralistes dans la Coalition, comme dans la ville. À Montréal, il n'y a pas de trottoir fédéraliste ou souverainiste.»

Mais peu de gens lui posent la question, car presque tous ignorent qui fait partie de la Coalition. Même le chef, Marcel Côté, passe sous le radar de la notoriété.

Russell Copeman a été dans une activité rassemblant une quarantaine de personnes de 50 ans et plus. «Seulement quatre d'entre elles avaient entendu parler de M. Côté", précise-t-il.

Ding, dong. Une dame, Anne Forest, ouvre la porte. Elle parle français.

«Bonjour, je m'appelle Russell Copeman...»

Quand elle apprend qu'il a été député, elle plisse le nez. «Ah! Le Parti libéral, c'est pas bon, ça. Je n'aime pas comment M. Charest a géré la crise étudiante.»

Et pour la première fois de l'après-midi, M. Copeman parle de Louise Harel.

Ce sera la seule fois.

Manque de pot, la dame a voté pour Richard Bergeron en 2009.

Le pouls de cinq anglophones influents