Les gouvernements minoritaires et les coalitions sont dangereux pour le pays, juge le chef conservateur Stephen Harper. Dans l'espoir de convaincre les électeurs de donner un mandat majoritaire à son parti, M. Harper semble avoir trouvé une nouvelle cible.

Hugo de Grandpré LA PRESSE

«Cette série de gouvernements minoritaires devient à mon avis dangereuse pour le pays, a-t-il déclaré devant quelques centaines de partisans. Ces élections doivent mettre un terme à cette incertitude politique et se concentrer sur la sécurité du Canada.»

Jusqu'ici, ses attaques s'étaient surtout concentrées sur ce qu'il désigne comme étant la «coalition» formée par les autres partis: le Bloc québécois, le NPD et le Parti libéral, qui ont déclenché des élections «inutiles».

Par exemple, en réaction à la plateforme libérale, dimanche, il a affirmé que cette coalition replongerait le pays dans une récession. «Au moment où tout le monde cherche de la stabilité, l'opposition, elle, cherche à créer de l'instabilité politique ici», a-t-il aussi dénoncé lors d'un discours à Québec, en début de campagne.

Ainsi, dans chacun de ses discours, il met l'électorat en garde: sans un gouvernement conservateur majoritaire, la «coalition» prendra le pouvoir. Il lance ces accusations malgré le fait que le chef libéral, Michael Ignatieff, a écarté une telle option dès le premier jour de la campagne.

Or, la lassitude d'une tranche de l'électorat face à des élections à répétition au Canada depuis 2004 semble lui avoir donné de nouvelles munitions. «Beaucoup de gens nous font part de leur mécontentement», a confié un stratège de M. Harper, lundi matin.

Déjà, le premier ministre avait évoqué cet argument la semaine dernière, au Nouveau-Brunswick, en parlant de son intention de mettre un terme aux subventions gouvernementales des partis politiques. Il avait alors affirmé que cette aide gouvernementale était responsable des quatre élections successives au Canada depuis sept ans.

Dans son discours à Guelph, lundi, il a cette fois-ci lié ce thème des élections à répétition à un autre de ses thèmes de prédilections: celui de la sécurité et de la stabilité économique.

«La reprise économique mondiale demeure fragile. Oui, le Canada s'en tire relativement bien. Mais une mer de difficultés secoue nos côtes», a-t-il martelé, reprenant une formule qu'il utilise à chacun de ses discours.

«Vous pouvez le lire et le voir à chaque jour aux nouvelles: désastre dans le Pacifique. Chaos au Moyen-Orient. Crise d'endettement en Europe. Défis sérieux au sud de notre frontière...»

«Ce pays, le Canada, est ce que le monde a le plus près d'un îlot de stabilité et de sécurité.»

Le gouvernement Harper a été renversé par les partis de l'opposition il y a dix jours par une motion de censure. Cette motion décrétait qu'il s'était rendu coupable d'outrage au Parlement. S'appuyant sur une décision du président de la Chambre des communes, le Bloc québécois, le Parti libéral et le NPD reprochaient aux troupes de Stephen Harper d'avoir omis de leur divulguer de l'information financière relative à ses politiques. Selon eux, le manque d'information fournies par le gouvernement les empêchait de faire leur travail d'élus.

Plus tôt dans la journée, M. Harper a indiqué qu'avec un gouvernement majoritaire ou minoritaire, l'ordre du jour de son parti demeurerait le même.