Selon Québec, il y aurait une seule classe où les élèves vivent officiellement une rupture de services en raison des absences liées à la COVID-19. Or, pour les parents comme pour des enseignants, les services aux élèves vont bien au-delà des classes ouvertes ou fermées.

Publié le 26 janvier
Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

Depuis la mi-novembre, la fille d’Isabelle Héroux se rend en classe comme d’habitude, à la petite école primaire de la Falaise, à Leclercville, dans Chaudière-Appalaches. Retirée de la classe parce qu’elle est enceinte, l’enseignante parle à ses élèves sur un écran tandis qu’une surveillante est chargée de les superviser.

« Les élèves n’ont aucun enseignement individuel. S’ils ont une question, ils doivent toujours la poser devant toute la classe. Je ne suis pas prof, mais enseigner au primaire de chez toi, ça ne doit pas être l’idéal », dit Mme Héroux.

Depuis plus de deux mois, cette mère multiplie les démarches pour savoir quand on pourra remédier à cette solution « temporaire ».

Je tournais en rond : le centre de services scolaire me renvoyait au directeur, qui me disait que c’était en raison de la pénurie de personnel.

Isabelle Héroux, mère d’une élève de l’école de la Falaise, à Leclercville

Mme Héroux est allée cogner à la porte de la protectrice de l’élève de son centre de services.

Un tel enseignement à distance n’est pas une rupture de services au sens où l’entend le ministère de l’Éducation. En point de presse lundi, le ministre Jean-François Roberge a expliqué qu’une rupture de services, « ça voudrait dire qu’on est obligés de fermer une classe, on renvoie des enfants à la maison et ils n’ont pas accès à des cours ». En date de vendredi, il y avait une seule classe au Québec dans cette situation.

« Plus qu’une classe fermée »

Pour la Fédération des comités de parents du Québec, la définition de rupture de services dans les écoles est bien plus large.

« C’est beaucoup plus que juste une classe fermée ! Pour nous, c’est quand on ne répond pas à un besoin d’élève », dit son président, Kévin Roy.

Ces besoins sont nombreux : avoir un autobus pour se rendre à l’école, des éducatrices au service de garde, des profs qui n’enseignent pas à deux classes en même temps, des services professionnels si nécessaire, pour ne nommer que ceux-là.

On fait encore appel aux professionnels pour prendre des classes en charge [en l’absence d’enseignants], mais ce professionnel-là avait du soutien aux élèves de prévu pendant sa journée, et les élèves ne l’ont pas.

Kévin Roy, président de la Fédération des comités de parents du Québec

Sur les réseaux sociaux, des enseignantes font état d’orthopédagogues appelés à remplacer des professeurs d’éducation physique, de classes d’élèves avec un trouble du spectre de l’autisme privées de techniciennes en éducation spécialisée, de profs qui remplacent les éducatrices en service de garde.

Des situations, notent certains, qui existaient bien avant la pandémie, mais qui s’en trouvent maintenant amplifiées, voire normalisées.

« Mieux que l’Ontario »

En date de vendredi dernier, il y avait 2 % des élèves et 1 % des enseignants absents en raison de la COVID-19, soit 31 000 élèves et 1400 enseignants. Chez les membres du personnel autres que les enseignants, on dénombrait 1596 absents.

« À ce jour, nous faisons mieux que l’Ontario », s’est félicité mardi le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, en dévoilant ces chiffres sur Twitter.

Au Québec, trois écoles sont fermées ou partiellement fermées. Près de 700 enseignants doivent donner leurs cours à distance et 91 groupes d’élèves font l’école de la maison.

Les classes basculent en enseignement à distance lorsqu’au moins 60 % des élèves sont en isolement en raison de la COVID-19.

En Ontario, où 11 écoles étaient fermées mardi, les parents sont avisés si le taux d’absentéisme atteint 30 % dans une école. L’établissement peut alors fermer, ou on resserre les mesures sanitaires.

« Soutien quotidien »

La Fédération des comités de parents du Québec reçoit de nombreuses demandes de parents dont les enfants doivent être isolés en raison de la COVID-19 et qui font état de services variables selon l’endroit où on se trouve.

« On parle d’un soutien quotidien aux élèves. Ce n’est pas clair. Comment définit-on le soutien quotidien ? », demande son président, Kévin Roy.

Isabelle Héroux fait observer que si l’école est obligatoire, les élèves se doivent d’y recevoir un enseignement. Mardi, elle a appris que la prof qui faisait l’école à distance est maintenant en arrêt de travail.

Au centre de services scolaire des Navigateurs, on assure qu’on « travaille activement » à trouver une remplaçante. Les élèves de cette classe, ajoute-t-on, « ont été bien encadrés et n’ont jamais été laissés à eux-mêmes ».

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

L’enseignant André Langevin

Roberge intervient pour qu’un enseignant puisse rester en classe

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, est intervenu pour qu’un enseignant à qui on refusait de reporter un congé puisse rester en classe avec ses élèves jusqu’à la fin de l’année scolaire. La Presse rapportait mardi l’histoire d’André Langevin, enseignant dans une école primaire de Montréal, qui avait tenté sans succès de repousser un congé de plusieurs mois qu’il avait planifié il y a cinq ans. « À la lecture de cet article [mardi] matin, j’ai immédiatement demandé à mon ministère de collaborer avec le CSSDM pour trouver une solution. Je viens d’apprendre à l’instant que M. Langevin pourra continuer de donner sa classe », a écrit le ministre Roberge sur Twitter, mardi soir.

Marie-Eve Morasse, La Presse