Le sac au dos, un masque dans la poche, je l’ai vu prendre le chemin de l’école comme s’il partait pour un grand voyage.

Rima Elkouri
Rima Elkouri La Presse

C’était mardi matin. Ce n’était même pas la « vraie » rentrée. Il devait juste allait chercher son horaire et son agenda. Mais ce qui est d’ordinaire une formalité banale est devenu un évènement très attendu. Une promesse de normalité en ces temps anormaux.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, je n’ai jamais eu aussi hâte d’avoir entre les mains un horaire et un agenda. Jamais été aussi heureuse de voir les journées déstructurées de mon ado désormais découpées en quatre périodes égales, avec les mots « français », « mathématiques », « histoire » soigneusement alignés dans de petites cases. Jamais autant aimé un mot que je déteste aussi : « présentiel ».

Comme bien des parents, même si je suis convaincue que la meilleure chose qui puisse arriver à nos enfants est un « vrai » retour en classe, je ne suis pas parfaitement rassurée par le plan de retour à l’école du gouvernement du Québec. En fait, plus je m’informe sur le sujet, plus j’ai de questions.

Même en respectant à la lettre les consignes sanitaires énoncées dans le plan, pourra-t-on vraiment prévenir des éclosions dans des écoles trop souvent vétustes, mal ventilées, dont les fenêtres ne s’ouvrent pas ? Les mesures mises en place pour protéger la santé des élèves, des enseignants, du personnel scolaire et de la communauté sont-elles suffisantes ?

Dans une lettre envoyée lundi au gouvernement Legault, le DGeorge Thanassoulis, professeur agrégé à la faculté de médecine de l’Université McGill, et un groupe de 150 médecins et scientifiques qui sont eux-mêmes parents d’enfants d’âge scolaire estiment que non.

Déçus du plan de retour à l’école de Québec, ils exhortent le gouvernement à réviser son plan. Pour réduire les risques de contagion, ils recommandent notamment que le masque soit obligatoire partout à l’école. Pour l’heure, il ne l’est pas en classe, là où, paradoxalement, les élèvent passent la plus grande partie de leur journée. On sait pourtant, études sérieuses à l’appui, que le port du couvre-visage est un moyen efficace de diminuer la transmission de la COVID-19, rappellent-ils. L’Académie américaine de pédiatrie le recommande pour tous les élèves du primaire et du secondaire.

Les signataires de la lettre recommandent par ailleurs de veiller dans les plus brefs délais à améliorer la ventilation dans les écoles. Une mesure qui tombe sous le sens, si vous avez lu le reportage que mes collègues Émilie Bilodeau et Marie-Eve Morasse ont consacré à ce sujet lundi.

« Puisque c’est impossible de prédire de façon définitive l’impact de la réouverture de nos écoles, vaut mieux agir avec prudence. Le plan actuel de réouverture des écoles ne tient pas suffisamment compte des recommandations en matière de prévention des infections reconnues par la communauté scientifique et médicale pour minimiser les éclosions dans le milieu scolaire. Ceci pourrait compromettre la santé de nos enfants, des enseignants, de leurs familles, et de leurs communautés », écrivent-ils.

Je comprends qu’il n’y a pas de « recette parfaite » de déconfinement des écoles en temps de pandémie, comme l’a dit mardi le DHoracio Arruda, appelé à commenter la lettre de ces experts inquiets. Il faut tenter de trouver le meilleur équilibre entre les risques associés à la COVID-19 et les risques de nuire au développement des enfants qui seraient privés d’école. Avis d’autres experts à l’appui, le gouvernement estime avoir trouvé cet équilibre avec son plan actuel. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de réajustements en cours de route, a précisé le DArruda.

Même si le gouvernement se montre confiant pour la rentrée scolaire, il est aussi conscient que tout peut déraper très vite. « Le virus, c’est le feu qui est dans le bosquet. Au moindre petit coup de vent, il peut y avoir un incendie de forêt », a dit le ministre de la Santé, Christian Dubé.

« On n’a pas l’intention de laisser flamber ça dans les écoles de façon importante », a ajouté le DArruda.

On l’espère bien. Mais la première vague nous a appris qu’il peut malheureusement y avoir un cruel décalage entre nos souhaits et l’épreuve du réel. Et que devant une situation qui demeure imprévisible, on ne perd pas grand-chose à être plus prudent que moins. Il faut prévoir le pire en espérant le meilleur.

Ailleurs dans le monde, la rentrée scolaire a déjà pris des airs de flambée scolaire… En Allemagne, pays qui fait pourtant bonne figure dans sa gestion de la pandémie, certaines écoles ont dû fermer leurs portes peu de temps après la réouverture. À Berlin, à peine deux semaines après la réouverture des écoles, et malgré l’imposition de mesures sanitaires comme le lavage régulier des mains, plus de 40 d’entre elles ont déjà rapporté des cas de COVID-19 chez les élèves ou les enseignants. Des centaines de personnes ont été placées en quarantaine. Comme au Québec, le masque n’y est généralement pas obligatoire en classe, mais seulement dans les corridors.

Est-ce ce qui nous attend ? Et est-il vraiment nécessaire d’attendre que ça arrive avant de prendre de meilleures précautions en rendant par exemple le masque obligatoire en classe comme c’est déjà le cas en Ontario dès la quatrième année ? Ne devrait-on pas mettre toutes les chances de notre côté pour une rentrée sans flambée ?