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Saguenay-Lac-Saint-Jean: les craintes d'une région

Il faut rouler quelques minutes sur le fjord gelé pour se rendre jusqu'à la... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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Photo Martin Chamberland, La Presse

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Le Québec au temps de la Charte
Le Québec au temps de la Charte

Il y a ceux qui n'en peuvent plus des accommodements raisonnables, ceux qui souhaitent des balises plus claires et ceux qui ont carrément peur des étrangers ou qui craignent d'être «envahis comme Montréal». Certains sont cinglants, d'autres très nuancés. Ce sont eux que le gouvernement Marois a séduits avec sa Charte de la laïcité. La Presse a sillonné le Québec pour les rencontrer. »

(Saguenay) Il faut rouler quelques minutes sur le fjord gelé pour se rendre jusqu'à la cabane de pêche de Lisette Claveau. À l'intérieur : un poêle à bois, trois chaises et autant de cannes à pêche. La paix... ou presque.

C'est que depuis quelque temps, Lisette Claveau a peur. Peur de perdre sa culture, sa langue, ses traditions. Peur de perdre jusqu'à sa cabane à pêche. Peur qu'on les lui vole ; qu'on les lui arrache de force.

« D'ici 20 ans, on va être assimilés », prédit la femme de 70 ans. Elle a beau vivre dans une région où les minorités visibles sont rares et n'avoir aucun immigré dans son entourage, elle n'arrive pas à chasser l'inquiétude. Le débat sur la Charte des valeurs n'a fait qu'attiser ses craintes.

« On est obligés d'accepter l'importation de leurs valeurs à eux. De leurs coutumes. Mais nous, quand on va dans leurs pays, on est obligés de prendre leurs valeurs et leur habillement », ajoute sa soeur Louise.

Ont-elles été victimes d'une mésaventure à l'étranger ? « Non. Je ne voyage pas dans ces coins-là. J'ai peur de ma réaction », dit Lisette. Et témoin d'un incident au Québec ? « Non plus. Mais je vois ce qui se passe à la télé. Les intégristes ont un pouvoir très sournois d'infiltration. On ne les voit pas venir et puis, pouf, ça nous éclate dans le visage. » C'est d'ailleurs l'image qu'elle se fait de Montréal et qu'elle craint, si rien n'est fait, de voir se reproduire au Saguenay.

« Montréal, ça devient énorme. On allait là et on n'avait pas peur. Maintenant, il y a plusieurs quartiers où je ne me promènerais pas. »

Paranoïa

Le discours de Lisette Claveau est partagé par nombre de ses concitoyens. Comme elle, ils ont peur d'être « envahis ». Comme elle, ils se basent beaucoup sur des histoires vues dans les médias.

Sur les ondes de l'émission Midi Pile à RadioX, des auditeurs profitent d'une tribune téléphonique pour se vider le coeur.

« On est au Québec, qu'on fasse respecter nos limites et nos valeurs », dit l'un. « Ici, on n'en a pas, de voile. S'ils veulent en porter un chez eux, il n'y a pas de problème. Mais dans le public, quand tu as le visage caché, je ne sais pas, moi... Disons qu'il y en a un qui décide de faire un vol. Ou de violer un enfant. Va donc savoir c'est lequel dans le tas qui a fait le crime », rage un autre.

L'animateur le rappelle à l'ordre. « La Charte n'ira pas gérer ce qui se passe dans la rue ou sur les trottoirs. On parle des employés de l'État. »

« Je comprends, répond l'auditeur. Mais pourquoi est-ce qu'ils viennent chez nous pour nous imposer leur religion ? C'est ça qui est mon bogue. Le Québec, c'est ma province. »

Des déclarations du genre, les coanimateurs de l'émission, Simon Tremblay et Fred Gagné, en ont entendu des dizaines au cours des derniers mois.

« Le débat sur la Charte a stimulé des commentaires auxquels on n'avait pas eu droit depuis la commission Bouchard-Taylor. Des trucs comme : retournez chez vous, dit Fred Gagné. Il y a une peur qui est véhiculée et qui rend les gens tout mélangés. Le prétexte a fait dévier le débat vers quelque chose de plus profond. »

Mais d'où vient cette peur, dans une communauté qui accueille pourtant peu d'immigrés ? « C'est sûr que le maire Jean Tremblay y est pour quelque chose quand il dit que les Canadiens français sont mous et qu'ils se font dicter comment se comporter », répond Simon Tremblay.

« Et il y a des épisodes qui ont titillé, ajoute son collègue. Comme les histoires de dire "joyeuses Fêtes" au lieu de "joyeux Noël". Les gens ont peur que ça finisse par arriver ici. »

274 880
Population
1104
Immigrés admis dans la région depuis 2002

Un après-midi à la pêche

La Presse a rencontré des pêcheurs du village de pêche blanche de La Baie, véritable emblème du folklore québécois. Ils nous ont exposé leurs craintes par rapport à l'immigration et au multiculturalisme.

La Charte en trois questions

Dans chaque région visitée, La Presse a posé trois questions à un citoyen croisé au gré de ses reportages. À La Baie, nous avons rencontré Rémi Aubin, commerçant.




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