Quand elle a acheté sa maison au bord de la rivière Richelieu, à Sainte-Anne-de-Sabrevois, il y a quatre ans, Manon Thibodeau a réalisé son rêve le plus cher. Mais les inondations historiques qui ont touché la vallée du Richelieu le printemps dernier, faisant 3000 sinistrés, ont complètement détruit sa demeure. Comme une quarantaine de citoyens, Mme Thibodeau a participé à un rassemblement, mardi midi à Saint-Jean-sur-Richelieu, pour critiquer vertement la lenteur du gouvernement à les indemniser.

Ariane Lacoursière LA PRESSE

Dans une ambiance survoltée, les participants ont dénoncé «le marasme administratif» imposé par le gouvernement et qui ralentit inutilement les remboursements.

Mme Thibodeau, son conjoint Marc Fradette et leurs deux adolescents ont dû quitter leur maison lors des inondations. Ils ne l'ont pas encore réintégrée. «On s'est loué un appartement. Je dois payer mon loyer et mon hypothèque. Ça fait environ 2000$ par mois», note Mme Thibodeau. La maison de cette famille doit être démolie et reconstruite. «On l'a su seulement la semaine dernière. Le gouvernement va détruire notre maison gratuitement. Mais on a juste 129 000$ pour la reconstruire», dit Mme Thibodeau.

Pour boucler le budget et tenter d'épargner suffisamment d'argent pour reconstruire la maison, M. Fradette cumule trois emplois. «Ce n'est pas une vie», note Mme Thibodeau.

Démarches complexes

La majorité des personnes présentes mardi ont surtout critiqué l'extrême complexité des démarches de remboursement des travaux. «Pour pouvoir se faire rembourser, il faut d'abord payer les experts et montrer après les factures à la Sécurité civile. Je n'ai pas les moyens de faire ça!», a résumé Gabriel Hébert. Père de deux enfants et sinistré de la région de Sainte-Anne-de-Sabrevois, l'homme arrivait mal à contenir ses larmes.

Les sinistrés sont incapables de contracter des prêts ou d'augmenter leurs marges de crédit pour payer leurs factures. Plusieurs ne peuvent donc entamer les travaux de rénovation de leur maison.

Jeanine Bourque, de Saint-Paul-de-l'Île-aux-Noix, avait commencé ses travaux de rénovation. Elle avait engagé un entrepreneur pour le faire. «Mais il n'a jamais payé ses sous-traitants. Il a fait une fraude. Donc la Sécurité civile refuse de me rembourser, déplore-t-elle. Ma maison n'a toujours pas de plancher. Pas de chauffage. Je vis dans un chalet en attendant, mais je ne vais pas pouvoir y passer l'hiver.»

Certains doivent se résigner à se débarrasser de leur demeure. Mais impossible de la vendre. «Le décret ministériel dit que si quelqu'un veut se débarrasser de sa maison et de son terrain, il doit d'abord avoir une confirmation de sa municipalité que celle-ci les reprendra», a expliqué le maire de Saint-Paul-de-l'Île-aux-Noix, Gérard Dutil. Mais pour les municipalités, les enjeux sont énormes. Car tous ces terrains qui pourraient être récupérés ne pourront être reconstruits, ce qui représente une perte de revenus majeure. «On aimerait que les citoyens qui doivent vendre leurs maisons puissent les vendre», dit-il.

Au cabinet du ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, on explique que différentes mesures ont été adoptées au cours des dernières semaines à la demande des citoyens. Une équipe d'accompagnateurs chargée de faciliter la vie des sinistrés et de les guider dans leurs demandes de remboursement a été créée le 4 octobre.