La petite municipalité de Noyan a l'air d'une ville morte depuis le décret des mesures d'urgence, le 3 mai dernier. Tous les habitants de cette bourgade d'environ 1000 âmes ont plié bagage. Tous, sauf une poignée d'irréductibles voisins, qui résistent encore et serrent les coudes.

Mis à jour le 20 mai 2011
Hugo Meunier LA PRESSE

Ils habitent quatre maisons de la rue Beaver.

Même si le niveau de l'eau baisse désespérément lentement en Montérégie et que de légères hausses ont même été observées hier à certains endroits, les voisins de Noyan ont un moral à toute épreuve.

À première vue, André Turgeon et Diane Brassard avaient même l'air en vacances, en train de profiter d'un soleil rare sur le balcon de leur maisonnette. «On a même une vue sur le lac», a badiné Mme Brassard devant sa rue submergée.

Plusieurs employés d'une entreprise de nettoyage après-sinistre s'activaient chez leur voisine, Francine Fontaine. «Ils arrachent tout dans le sous-sol pour prévenir la moisissure et sauver la structure», a dit Mme Fontaine, qui vient tout juste de renforcer la digue autour de sa maison transformée en chantier. «On a essayé de m'expulser, en vain.»

Dehors, des policiers de la Sûreté du Québec patrouillaient dans les rues de Noyan à bord d'un véhicule amphibie. En plus de surveiller les quartiers déserts, ils répondent aux besoins des irréductibles. Mme Fontaine, qui habite seule, venait d'ailleurs de recevoir trois bidons d'eau potable.

Au même moment, Pierre Granjon-Rozet ramait jusqu'à sa maison, de l'autre côté de la rue. Il rapportait de nouvelles bottes et un sac de pommes de terre. L'homme, qui vit seul, a aussi refusé de quitter sa maison dans l'espoir de la sauver. «Si on s'en sort bien, c'est parce que tout se joue entre nos deux oreilles. Si on est positif, c'est plus facile», a-t-il philosophé.

Les irréductibles partagent tous cet optimisme, mêlé de résignation devant l'ampleur des événements. «Même si on se cogne la tête sur les murs, ça ne donne rien. Et puis il ne faut pas se leurrer, les risques d'inondations existent quand on vit aussi près d'une rivière, a souligné André Turgeon. Les événements renforcent aussi la solidarité et la complicité qui existent entre nous.»

André Martin renchérit: «On se tient. On est quatre maisons et on se tient», a souligné l'homme de 64 ans, debout sur le balcon de sa petite maison. Une pancarte à vendre est fixée sur une poutre. «La maison est à vendre depuis l'an passé. Je demande 60 000$. Je veux aller à Saint-Jean-sur-Richelieu», a avoué M. Martin, bien conscient que les acheteurs ne risquent pas de se bousculer au portillon dans un avenir rapproché.

À quelques rues de là, David Williams, qui a été évacué, revenait chez lui pour nourrir ses chats. «Il y a sept pieds d'eau dans mon sous-sol, ça ne donne plus rien de le vider. En tout cas, je ne manquerai pas d'occupations durant mes vacances d'été...», a soupiré l'homme, un peu abattu.

Derrière lui, une carpe a fait un petit saut dans ce qui est d'habitude une rue asphaltée.

Espoir à l'horizon

En point de presse, hier après-midi, le directeur de la Sécurité publique de la Montérégie, Yvan Leroux, a indiqué que le niveau de l'eau pourrait entamer une lente baisse demain, sauf si la pluie joue les trouble-fêtes.

D'ici là, le niveau de l'eau demeurera plutôt stable, malgré des hausses de quelques centimètres observées hier à Saint-Armand et à Saint-Jean-sur-Richelieu.

Le gouvernement a aussi annoncé le jumelage des municipalités touchées par les inondations avec d'autres villes comme Laval, Sherbrooke et Montréal, qui pourraient prêter du personnel, comme des cols bleus, au moment du nettoyage.

Enfin, Revenu Québec a annoncé hier son intention de faire preuve de clémence envers les gens et les entreprises touchés par les inondations qui sont dans l'impossibilité de respecter diverses obligations fiscales dans les délais habituels.