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Ils étaient cinq...

Ils étaient cinq. Cinq artistes arrêtés et emprisonnés sans mandat et sans explication en vertu de la Loi sur les mesures de guerre proclamée en octobre 70. Ils étaient cinq. Cinq de trop.

Dans la nuit du 16 octobre 1970 et dans les jours qui ont suivi, des milliers de foyers québécois ont fait l'objet d'une perquisition et 495 personnes ont été arrêtées. Les plus connus étaient quatre artistes et une journaliste: Pauline Julien, Gérald Godin, Michel Garneau, Gaston Miron et Denise Boucher. Leur arrestation a donné l'impression que des centaines d'artistes avaient été réveillés en pleine nuit et traînés de force à Parthenais. En réalité, leur nombre était plus modeste, même en y ajoutant les noms de la militante Andrée Ferretti, du photographe Ronald Labelle et des écrivains Gaétan Dostie et Christiana Kristiansen.

Encore aujourd'hui, par une sorte d'osmose entre la réalité et la fiction, plusieurs croient que Louise Forestier, Claude Gauthier, Jean Lapointe, Hélène Loiselle et Guy Provost ont eux aussi été jetés en prison en Octobre 70. En réalité, ces cinq-là ne faisaient que jouer avec un surplus d'âme et d'émotion un rôle dans Les ordres, le magnifique film de Michel Brault sur la crise d'Octobre réalisé en 1974 et qui lui a valu le prix de la mise en scène au Festival du film de Cannes.

Depuis beaucoup d'encre et d'eau ont coulé sous les ponts. Gaston Miron et Gérald Godin nous ont quittés. Pauline Julien a poursuivi le gouvernement fédéral et a obtenu un dédommagement symbolique et la reconnaissance que son arrestation avait été une erreur, avant de nous quitter à son tour. Des cinq, ils ne sont plus que deux. Qu'à cela ne tienne. Avec une poignée d'artistes qui ont vécu Octobre 70 en prison ou dans la ville assiégée, nous avons voulu revenir sur ces heures noires qui ont marqué notre mémoire collective à jamais.

Michel Garneau a décliné gentiment en expliquant qu'il avait donné sa dernière entrevue sur le sujet l'été dernier et décidé depuis de consacrer toutes ses énergies au présent et à la poésie. Jean-Claude Germain nous a raconté l'extraordinaire ébullition qui régnait dans les coulisses du Théâtre du Même Nom - qui allait devenir le Théâtre d'Aujourd'hui - et du public qui, certains soirs d'octobre, était composé à moitié de policiers déguisés en spectateurs. Denise Boucher s'est souvenue de son arrestation alors qu'elle s'apprêtait à assister au lancement de la nouvelle Casa Pedro, vêtue d'une magnifique robe longue en velours violet. Pierre Harel s'est rappelé que tous les soirs après la proclamation de la Loi sur les mesures de guerre, il revêtait un complet, une cravate et des souliers vernis parce qu'il ne voulait pas qu'on l'arrête en pyjama et en chaussettes comme ce fut le cas pour trop de victimes. Et Claude Gauthier, qui n'a pas été arrêté ni torturé comme le personnage qu'il interprète dans Les ordres, revient sur la nuit où six policiers avec des mitraillettes coupées sous leur imper ont cogné violemment à sa porte, lui inspirant un an plus tard, une des plus belles chansons du répertoire québécois.




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