Les partis de l'opposition ont dénoncé samedi la stratégie du gouvernement Charest concernant le pouvoir de contrainte de la juge France Charbonneau.

Denis Lessard LA PRESSE

«Le gouvernement fait subir au magistrat l'odieux de faire une demande au gouvernement. Il vaudrait mieux carrément amender le décret de la commission pour donner les coudées franches à la juge Charbonneau», expliquent-ils.

Cédant à la pression populaire et aux critiques du Barreau, M. Charest avait annoncé sa volte-face vendredi soir, devant les 2500 militants réunis en congrès à Québec.

«La juge Charbonneau n'a pas à se mettre à genoux devant le premier ministre pour demander une modification du décret, cette responsabilité incombe à Jean Charest», de soutenir le député péquiste de Verchères, Stéphane Bergeron.

«S'il est sérieux, il modifiera, dès mercredi prochain, le décret du Conseil des ministres pour donner à la juge France Charbonneau le pouvoir de contraindre des témoins. Il faut suivre la Loi sur les commissions d'enquête» de poursuivre le péquiste dans un communiqué.

Pour lui, le gouvernement a «usurpé» le terme de commission d'enquête pour décrire ce qu'il a demandé à la juge Charbonneau. M. Bergeron rappelle que le Barreau du Québec, «l'ordre professionnel dont est membre le premier ministre Charest, a clairement indiqué que cette commission n'en est pas une puisqu'elle n'a pas les pouvoirs d'une commission d'enquête».

Selon le PQ, il ne faut pas attendre que les travaux soient lancés pour accorder ce pouvoir de contrainte à la commissaire. «Il est terminé le temps de la fuite en avant, de lancer M. Bergeron. Ça fait plus de deux ans qu'une véritable enquête publique est réclamée et nécessaire ».

Pour lui, la volte-face de Jean Charest vendredi est «encore une fois une façon pour lui de se défiler sous la pression de ses militants». Or, la juge Charbonneau n'a pas à prendre ses directives d'un discours partisan. Où serait l'indépendance?», dira M. Bergeron.

Pour le PQ, il faut une autre modification au mandat de la commission, pour s'assurer que la question du financement des partis politiques «ne soit pas abordée à huis clos, mais devant les caméras».

«Comme élus, nous avons la responsabilité de redonner confiance aux citoyens. Le gouvernement doit donc s'assurer que toute la question du financement des partis politiques ne soit pas traitée derrière des portes closes, comme c'est prévu actuellement», a conclu Stéphane Bergeron.

Pour l'ADQ, la députée de Lotbinière Sylvie Roy, a aussi critiqué le recul annoncé par Jean Charest, lui qui, mercredi, insistait sur le fait qu'on ne pourrait accorder ce pouvoir à la juge Charbonneau.

«Même lorsqu'il recule devant la pression populaire, il trouve le moyen de manipuler nos institutions! Jean Charest a lui-même écrit le décret créant sa parodie de commission d'enquête: c'est donc à lui de le modifier plutôt que de remettre ce fardeau sur les épaules de la juge Charbonneau. Elle n'a pas à payer pour ses erreurs de jugement», dira Mme Roy.

Selon la députée adéquiste, M. Charest a improvisé. «Le premier ministre n'a aucun respect pour nos institutions. À chaque fois qu'il commet une erreur, il s'en sert pour ne pas perdre la face plutôt que de servir les Québécois. Tout ce psychodrame aurait été évité si seulement il avait respecté la loi!»

Quant au député de Québec Solidaire, Amir Khadir, «M. Charest doit respecter la loi et instituer la commission en vertu de la loi sur les commissions d'enquête».

«La juge Charbonneau n'a pas à quémander des pouvoirs déjà prévus par la loi, des pouvoirs nécessaires pour briser l'omertà», d'ajouter le député de Mercier.

«Nous appuyons également la demande formulée par le député de Verchères, Stéphane Bergeron, afin que la question du financement des partis puisse être discutée publiquement. On peut se questionner sur ce qui motive M. Charest à cacher ce sujet dans le huis clos» a-t-il conclu.