L'opération a échoué. L'annonce d'une commission d'enquête sur la construction par Jean Charest ne rend pas les Québécois plus satisfaits de son gouvernement. Les intentions de vote ne bronchent pas non plus. Pire encore, bon nombre de personnes ont, après ce coup de barre, une moins bonne opinion du gouvernement libéral.

Denis Lessard LA PRESSE

Pour le compte de La Presse, la maison CROP a sondé un total de 1400 internautes, avant et après que le gouvernement eut annoncé, mercredi, le lancement d'une commission d'enquête sur l'industrie de la construction, une instance qui ne devrait toutefois pas avoir le pouvoir de forcer des individus à témoigner. De mercredi soir à hier matin, 424 internautes ont été joints, et du 13 au 17 octobre, on a interrogé 1000 internautes.

CROP observe que la satisfaction à l'égard du gouvernement n'a pas changé significativement; on comptait 72% d'insatisfaits avant l'annonce et 73% après. La proportion des gens «très insatisfaits» du gouvernement est passée de 34% à 38% à la suite de l'annonce du lancement de la commission Charbonneau.

Même constat sur les intentions de vote. Que ce soit à la veille ou au lendemain de l'annonce, le Parti libéral (PLQ) reste à 28% des intentions de vote, plancher atteint, subitement, après la fuite du rapport de Jacques Duchesneau le mois dernier. Le coup de sonde frappe dur en fin de semaine, au moment où se trouvent réunis en congrès 2500 militants libéraux, à Québec.

Selon le vice-président de CROP, Youri Rivest, ces résultats s'expliquent facilement; on ne croit pas que cette commission soit un exercice utile. Après 30 mois de refus, la volte-face subite éveille des doutes. «Les gens ont l'impression que M. Charest a voulu mettre un couvercle sur la marmite, qu'il ne veut pas vraiment aller au fond de choses», explique-t-il. Ainsi, trois Québécois sur quatre, 76% des gens, ont «peu ou pas du tout confiance» quand on leur demande si l'exercice aura un «rôle éclairant» sur l'étendue de la corruption dans la construction. Les électeurs libéraux sont aux deux tiers favorables, mais 36% des supporteurs du PLQ restent néanmoins dans le camp des sceptiques.

Une image ternie

La manoeuvre a même terni l'image du gouvernement Charest. Quand on leur demande si leur «opinion à l'endroit du gouvernement» s'est améliorée ou détériorée, 39% des gens disent qu'ils ont une moins bonne opinion du gouvernement, comparativement à 15% qui estiment que Jean Charest a redoré son blason avec cette annonce. Les supporteurs du PLQ, en revanche, sont réconfortés; 32% estiment que la commission Charbonneau a un effet positif sur l'image du gouvernement, mais 16% des libéraux pensent tout de même que le gouvernement a perdu des plumes.

Deux personnes sur trois (64%) ont une opinion défavorable d'une commission où les témoins ne peuvent être contraints à comparaître - parmi eux, 38% des répondants sont «tout à fait en désaccord». Même si on soulève des arguments juridiques, les répondants comprennent les conséquences des limites du mandat de la juge Charbonneau, estime M. Rivest. «Gomery a eu un effet pédagogique, les gens comprennent que ceux qui ont des choses à se reprocher ne viendront pas témoigner», résume le sondeur.

Le coup de sonde réalisé avant l'annonce montre que Jean Charest ne pouvait guère faire autrement que de bouger à la veille du congrès de cette fin de semaine. Il y a un an, 67% des supporteurs du PLQ privilégiaient la poursuite des enquêtes policières - une personne sur trois (33%) penchait plutôt du côté de l'enquête publique. À la veille de l'annonce de mercredi, 54% des libéraux voulaient une commission d'enquête tandis que 46% favorisaient toujours qu'on attende le résultat du travail de la police. «En un an, on constate un renversement de l'opinion des électeurs libéraux», observe M. Rivest. Dans la dernière année, l'opinion des péquistes et des adéquistes n'a pas varié - ils favorisaient massivement une commission d'enquête. Dans l'ensemble, mercredi, 71% des Québécois optaient pour une commission d'enquête, tandis que 29% préféraient s'en remettre à la police.

Avant l'annonce, 68% des Québécois préconisaient une commission aux audiences publiques plutôt qu'un exercice mixte en partie à huis clos. Même chez les libéraux, on était majoritairement (58%) en faveur des audiences publiques.