Si la juge France Charbonneau le juge nécessaire, elle pourra réclamer davantage de pouvoirs, et le gouvernement les lui accordera, a promis vendredi soir le premier ministre Charest, abattant une carte surprise dans le but de stopper la controverse qui a éclaté autour du mandat, trop restreint, de la Commission d'enquête sur la construction annoncée cette semaine.

Denis Lessard LA PRESSE

>Réagissez sur le blogue de Gilbert Lavoie.

Dans son discours d'ouverture du 31e congrès du PLQ devant les 2500 militants réunis pour la fin de semaine à Québec, le chef libéral a décidé de jeter du lest et de revenir sur la position qu'il avait adoptée mercredi, en soutenant qu'une commission dotée de tous les pouvoirs d'enquête risquait de nuire au travail des policiers. Clairement, il accusait le coup devant la multiplication des critiques apparues depuis l'annonce de la commission d'enquête mercredi soir, «la politique n'est pas un long fleuve tranquille», a-t-il ironisé.

«Si, dans la progression de ses travaux, avec le cumul des éléments de preuve qu'elle aura réunis, et tout en les protégeant, la juge Charbonneau en venait à la conclusion qu'un pouvoir de contrainte devenait nécessaire, elle pourra alors en faire la recommandation au gouvernement» a laissé tomber

M. Charest, assurant à l'avance que Québec «accédera à cette requête». Les délégués ont ovationné spontanément

M. Charest, après avoir entendu cet engagement qui faisait disparaître un lourd nuage qui planait au-dessus du congrès libéral de la fin de semaine.

Car, plus tôt dans la journée, le Barreau du Québec avait rendu public un avis dévastateur sur la commission, une prise de position très embarrassante pour le gouvernement. Pour le Barreau, les pouvoirs conférés à la juge Charbonneau n'étaient pas suffisants.

Pour le Barreau - une lecture qui rejoint celle de beaucoup de spécialistes -, la commission Charbonneau, sans pouvoir contraindre des individus à témoigner, risquait d'être un exercice inutile. De surcroît, son incapacité à assurer l'impunité aux témoins qui se présenteront devant elle constituait une autre entrave majeure aux travaux. Curieusement, à la porte du congrès, le ministre de la Justice Jean-Marc Fournier avait été envoyé défendre devant les médias la ligne du gouvernement: tenir parallèlement une enquête publique et des enquêtes policières constituait un risque que le gouvernement ne voulait pas prendre, soutenait-il.

Quelques minutes plus tard, plusieurs fois applaudi, dans son discours-fleuve de 45 minutes, M. Charest a revu sa position sur cette question controversée, et a, à coup sûr, désamorcé un débat qui s'annonçait imprévisible sur le parquet du congrès, ce matin. Dans les corridors, circonspects, bien des militants soutenaient qu'il fallait attendre avant de juger de la pertinence du mandat confié à la commission. La volte-face de Jean Charest viendra désamorcer la dissidence de Martin Drapeau, un militant de la circonscription de Groulx. Avant le discours du premier ministre, M. Drapeau avait dit espérer qu'en créant la commission, le gouvernement «ait mis la main dans le tordeur. À un moment donné, la juge dira que le mandat n'a pas de sens et le gouvernement obtempérera à sa demande». Si la juge Charbonneau obtient le pouvoir de forcer les gens à témoigner, «cela vient régler le problème», a-t-il dit par la suite, satisfait de l'annonce du chef libéral.

Devant les militants inquiets, M. Charest avait voulu se faire rassurant. «Nous avons beaucoup écouté sur cette question, on veut que les coupables soient imputables. Il faut prendre tous les moyens et faire confiance.» «La commission qu'on a lancée, on va lui faire confiance, ainsi qu'à Mme Charbonneau.» Mais «la notion de confiance doit être complète» et si la juge l'estime nécessaire, elle obtiendra les pouvoirs demandés.

«Notre gouvernement a pris ses responsabilités», a-t-il poursuivi, promettant: «Nous allons faire le ménage dans le secteur de la construction, et le ménage sera fait!» Il a fait l'apologie de la juge Charbonneau qui, comme procureure de la Couronne, n'a perdu qu'une des 80 causes de meurtre qu'elle avait plaidées. «Elle a une longue feuille de route, elle a travaillé pour Carcajou, et c'est même elle qui a mis en prison (Maurice) "Mom" Boucher», a relevé M. Charest.

Le gouvernement s'était engagé à respecter les recommandations de Jacques Duchesneau, a souligné

M. Charest. La commission n'est qu'une autre mesure après une série de lois et de resserrements aux règlements du secteur de la construction. Québec a consulté les corps de police, a-t-il rappelé.

Des spécialistes de la chicane

Après avoir dressé longuement la liste des gestes de par son gouvernement depuis 2003, M. Charest s'en est pris à ses adversaires, insistant sur les contradictions de l'ancien ministre péquiste François Legault, chef des «caquistes», les membres de sa Coalition pour l'avenir du Québec.

«Vous savez ce qu'ils ont en commun, Pauline Marois et François Legault? Ils faisaient équipe ensemble pour mettre la scie à chaîne dans les réseaux de la santé et de l'éducation, c'est l'équipe qui a endommagé notre système de santé», a attaqué

M. Charest.

«Une journée, M. Legault veut abolir les commissions scolaires; le lendemain, il est moins sûr... Une autre journée, il veut abolir les cégeps, et le lendemain il n'est plus certain. Une journée, il veut faire un seul mandat, le lendemain c'est peut-être deux», a ironisé le chef libéral.

Récemment, François Legault se demandait publiquement si «les Québécois allaient accepter qu'il y ait de la chicane». Or ses propositions sont garantes de troubles sociaux prévient

M. Charest. Les changements de structures qu'il propose vont multiplier les mécontents. «Il veut remettre une autre couche de chicane par-dessus tout ce qu'on connaît en politique; il veut mettre de la chicane entre les partenaires de la société québécoise», accuse Jean Charest.

«Je connais M. Legault et Mme Marois, et je reconnais qu'ils ont une certaine spécialité... dans le domaine de la chicane», a lancé

M. Charest.