Le PQ laisse entendre que le gouvernement pourrait sciemment nuire aux enquêtes de son Unité anticorruption (UAC). «C'est comme si tout le travail des policiers et des enquêteurs coinçait en quelque part et que la seule façon de faire la lumière, c'est une fuite aux journalistes», a affirmé Stéphane Bergeron, critique en matière de Sécurité publique.

Paul Journet LA PRESSE

Il réagissait ce matin au rapport secret de l'UAC, dont le contenu a été révélé par Radio-Canada et La Presse. On y apprend que les malversations dans l'industrie de la construction sont d'une «ampleur insoupçonnée», tellement qu'on risque une «prise de contrôle de certaines fonctions de l'État».

Mardi, La Presse révélait que malgré leur expertise, le trois quarts des enquêteurs et agents de renseignements de l'UAC ne pourraient pas être intégrés à la nouvelle Unité permanente anticorruption. La raison invoquée par le gouvernement: ils ne sont pas fonctionnaires.

«Depuis février, les choses n'ont pas été mises en place pour que cette unité soit fonctionnelle», avance M. Bergeron. Il rappelle aussi que le ministère des Transports avait gardé secret un rapport sur la collusion déposé en 2004. C'est le vérificateur général qui en avait révélé l'existence en 2009. Le ministère n'avait jamais porté plainte à la police pour un cas avéré de collusion.

Selon lui, le nouveau rapport secret ne montre «qu'une partie de la réalité.» «Cette réalité pourrait être encore plus dramatique, encore plus troublante», s'inquiète-t-il. Comme Gérard Deltell et Amir Khadir, chefs de l'ADQ et de Québec solidaire, il demande au gouvernement de rendre le rapport public. Et de déclencher dès maintenant une enquête publique sur l'industrie de la construction et le financement des partis politiques.

«Avec le rapport, nos pires craintes sont maintenant confirmées, lance M. Deltell. Là, c'est écrit noir sur blanc par un enquêteur au-dessus de tout soupçon. Il écrit qu'il existe au Québec un système sur les contrats en transport, qui fait en sorte qu'on gonfle les factures pour blanchir de l'argent et financer les partis politiques.»

«Il ne s'agit plus d'allégations, il s'agit de faits», renchérit M. Bergeron.

Selon M. Deltell, le gouvernement Charest «n'a plus le choix» de déclencher une enquête. «S'il ne le fait pas, il faut se demander : qu'est-ce qu'il a à cacher?»

Il s'agit d'un «dernier clou sur la légitimité de Jean Charest», croit M. Khadir. Il propose trois options au premier ministre: «une commission, une démission ou des élections».

«Ce qui nous est présenté aujourd'hui exige du premier ministre qu'il déclenche immédiatement cette fameuse commission d'enquête sur l'industrie construction. Il y a trop d'éléments pour nous permettre d'accepter que nos institutions soient littéralement infiltrées par le crime organisé», a ajouté la chef du PQ, Pauline Marois.

Mais le gouvernement Charest continue d'ignorer cette demande unanime de l'opposition et d'un très grand nombre de groupes (Ordre des ingénieurs, Fédération québécoise des municipalités, Union des municipalités, Conseil du patronat,FTQ, CNS, Association des policiers et policières provinciaux du Québec, Sûreté du Québec, Association des procureurs de la Couronne, etc.)

Le premier ministre Charest agit comme s'il gouvernait une «monarchie élective», tonne M. Bergeron. Il craint qu'en se rendant à l'urne aux prochaines élections générales, les Québécois n'aient pas encore «la moindre idée de ce qui se passe».

Les enquêtes policières ne suffisent pas, argue-t-il. «Si on sort quelqu'un du système et on l'envoie en prison sans s'attaquer au système lui-même, il sera immédiatement remplacé par quelqu'un d'autre.»

Le braquage du gouvernement alimente le «cynisme» et «l'écoeurement» des citoyens, dénonce-t-il. D'autres coûts sont quantifiables, poursuit M. Bergeron. D'après une «évaluation conservatrice», les chantiers coûteraient 30% de plus cher au Québec que dans les autres provinces. Le ministère fédéral des Transports estime que l'écart varie entre 10% et 50%. Or, le gouvernement investira plus de 10 milliards $ l'année prochaine en infrastructures. Les coûts additionnels qui pourraient résulter de ce système équivalent à environ quatre milliards, soit ce qui manque pour retrouver l'équilibre budgétaire. Au lieu de s'attaquer à ce système, le gouvernement préfère «piger dans les poches des contribuables», dénonce M. Bergeron.

Le PQ se dit transparent

Le PQ a déjà été critiqué dans le passé pour son financement (lire le premier texte et le second texte). Mais Pascal Bérubé, député et responsable de la campagne de financement du PQ, assure que son parti n'a rien à cacher. «La plus belle démonstration de cela, c'est qu'on demande une commission d'enquête», lance-t-il.

Il rappelle que le PQ a collecté un peu moins d'argent au pouvoir que dans l'opposition (moyenne de 4,8 millions $ par année pour 2003-2008, et 4,6 millions $ pour1994-2002).

En comparaison, le financement du PLQ a doublé quand il a pris le pouvoir (8,3 millions $ par année pour 2003-2008, et 4,3millions $ pour 1994-2002). «À qui le système profite?», demande M. Bérubé.



---Avec Charles Côté