L'ex-premier ministre Bernard Landry refuse de «personnaliser le débat» au Parti québécois, mais il critique tout de même très durement la «gouvernance souverainiste» que prône Pauline Marois. Alors que le parti est tombé en troisième place dans les sondages, il dit comprendre facilement le «désarroi» qui frappe actuellement les militants.

Mis à jour le 24 janv. 2012
Denis Lessard LA PRESSE

Dans un texte diffusé en fin de journée hier mais frappé d'un embargo, M. Landry appelle les militants péquistes à l'unité. Au lendemain de la décision de Gilles Duceppe de tirer un trait définitif sur la politique, M. Landry ne tend pas pour autant la main à Mme Marois, qu'il n'appuie explicitement à aucun moment.

«On voit bien que la détresse actuelle de notre parti ne peut donc se résumer à une seule question de leadership, écrit-il. Toute forme de déni serait irresponsable, le temps presse et simplifier le problème en le liant exclusivement à une personne n'est pas la façon d'y remédier. Il est plus vaste et plus profond.»

Il dépeint comme «toxique» la stratégie de «gouvernance souverainiste» étroitement associée à Mme Marois. «En tout respect pour ceux et celles qui, de bonne foi, ont concocté ce contenu inapproprié dénommé gouvernance souverainiste, celui-ci, à l'examen, paraît largement à l'origine de nos difficultés. Et n'est sans doute pas étranger à la tragédie du Bloc québécois. Ce n'est pas pour rien que cette façon de voir a réjoui les adversaires de l'indépendance», observe l'ancien chef.

Selon cette stratégie, mise de l'avant par Mme Marois peu après son accession à la tête du PQ, le Québec, sous un gouvernement péquiste, revendiquerait avec insistance des compétences à Ottawa. Il ferait des gestes unilatéraux. Mme Marois s'était toutefois défendue de prévoir des référendums sectoriels.

«On ne peut pas faire comme si on était souverains quand on est une simple province, observe M. Landry. Une telle doctrine envoie le message que si l'on peut agir en État souverain sans l'être, la souveraineté n'est donc pas indispensable.»

Le PQ doit revenir à son plan de 2005, c'est-à-dire au programme adopté lors de la démission-surprise de M. Landry au congrès. L'objectif principal «doit être l'indépendance nationale», tranche-t-il.

Le PQ peut encore être «un formidable instrument de progrès national, écrit M. Landry. La sagesse est de le sauver dans l'unité, plutôt que chercher de lentes et incertaines alternatives».

Aussi, «les personnes qui le dirigent actuellement ont un devoir crucial et impérieux: mettre l'intérêt national avant toute forme d'ambitions personnelles», observe celui qui a décidé de quitter la direction du PQ, en juin 2005, au moment où le PQ obtenait 47% dans les intentions de vote. «Je suis bien placé, avec la trajectoire qui est la mienne, pour dire aux personnes concernées qu'elles doivent penser à la patrie avant tout.»

Il prend la défense de Bernard Drainville, député de Marie-Victorin, qui a secoué le PQ la semaine dernière en soutenant publiquement que le parti de René Lévesque risque de disparaître. «Quand un député du PQ a évoqué la disparition du parti de René Lévesque, il n'a fait que répéter ce que l'on entend partout au Québec et que plusieurs sondages accréditent. Des militants attristés m'abordent dans la rue pour me demander mon avis. Dans certains cas, leur détresse est extrêmement émouvante.»

C'est d'ailleurs après la sortie de M. Drainville et une «lourde et compréhensible pression médiatique» que l'ancien chef a décidé de prendre la plume. Mme Marois a cru bon de lui passer un coup de fil, la semaine dernière, après que son intention d'écrire une lettre eut été annoncée.