Le président du Parti québécois, Raymond Archambault, refuse de s'aventurer à prédire que Pauline Marois sera toujours aux commandes du PQ lors des prochaines élections générales.

Jocelyne Richer LA PRESSE CANADIENNE

Quand La Presse Canadienne lui a demandé vendredi à combien il estimait les chances de Mme Marois de traverser la présente crise et d'être encore chef du PQ lors du déclenchement de la prochaine campagne électorale, M. Archambault a choisi de ne pas répondre.

Questionné sur le sujet à trois reprises, il a dit préférer laisser la réponse aux commentateurs de la scène politique.

«Je vais laisser ça aux analystes cette analyse-là», a-t-il dit en entrevue, expliquant qu'il était «dans l'action» et non «dans l'analyse et l'observation». «Je ne veux pas faire d'analyse», a-t-il insisté.

M. Archambault n'est visiblement pas convaincu que la chef pourra sortir gagnante de la fronde menée par certains membres de son caucus.

«La situation peut évoluer dans un sens ou dans l'autre, jour après jour», selon celui qui estime qu'un tel climat de crise ne peut durer indéfiniment et devra avoir trouvé son aboutissement avant le prochain conseil national du parti, à Saint-Hyacinthe, début décembre.

Si rien n'est encore joué, il reconnaît que la situation est périlleuse, comme en fait foi la métaphore qu'il choisit pour la décrire: «C'est une bataille de tranchées en ce moment. Cela ressemble à la guerre 14-18. On gagne quelques mètres, on recule de quelques mètres. Finalement, on se rend compte qu'on fait du surplace».

En soirée, M. Archambault a tenu à préciser que s'il a refusé de répondre à la question, c'est parce qu'il estime qu'il ne revient pas au président d'un parti de faire de telles prédictions sur l'avenir. Il laisse donc ce privilège aux autres, dit-il, pour se concentrer sur son action auprès de Mme Marois, qui a toutes les qualités requises pour diriger le Québec.

La crise qui secoue le PQ et menace le leadership de Mme Marois a débuté en juin avec le départ de cinq députés. Sur fond de sondages dévastateurs pour le PQ, qui ne récolte plus que 18% d'appuis, au moins cinq autres députés ont défié la chef cette semaine et remis en question son leadership.

Déterminée à combattre cette nouvelle fronde, Mme Marois a indiqué qu'elle resterait en poste et dirigerait le parti aux élections générales, attendues en 2012.

Pour se maintenir en poste, la chef péquiste s'éloignera autant que possible des couloirs du parlement pour aller sur le terrain, à la rencontre des militants et des présidents d'association. Au cours des prochaines semaines, elle multipliera les sorties publiques en régions, à un rythme de campagne électorale.

La seule lecture de son agenda donne le vertige. Mercredi, après deux réunions du caucus au cours desquelles elle a dû écouter les doléances de ses députés jusqu'à 23h, Mme Marois était en Chambre jeudi matin, avant d'autres rencontres avec des députés, et par la suite une visite à Saint-Jérôme, à la faveur d'une assemblée citoyenne.

Vendredi soir, elle devait participer à une activité partisane à Blainville, puis samedi, à Montréal, elle participe à une marche pour l'indépendance. Dimanche, elle se rend à Sorel-Tracy pour un brunch avec Gilles Duceppe dans la circonscription de Sylvain Simard.

Lundi, elle sera à Québec pour un souper-bénéfice dans Montmorency. Le dimanche 6 novembre, elle sera en Gaspésie pour l'investiture de son candidat dans Bonaventure, en prévision de l'élection complémentaire. Le lendemain, elle sera à Montréal pour un souper-bénéfice dans Gouin. Et c'est sans compter ses activités parlementaires.

Les députés seront eux aussi invités à occuper le terrain et partir à la rencontre des militants et présidents d'association. «Le gros de la stratégie repose là-dessus» pour espérer remonter la pente, explique le président du parti.

La direction du parti a été mise au parfum que bon nombre de présidents d'associations et présidents régionaux songent à faire un coup d'éclat et à contester le leadership de Mme Marois. Ce faisant, ils emboîteraient le pas à plusieurs autres présidents d'association qui ont choisi de quitter le parti ou de contester la chef au cours des derniers mois.

«La chef se débat et résiste, contre vents et marées», dit M. Archambault, en rappelant que la plupart des députés lui demandent de rester et que lui-même lui a demandé de rester.

Il qualifie de «mauvaise tradition» la propension des caucus péquistes à chercher à avoir la peau de leur chef dès que les choses vont mal. Il explique ce travers par le fait que le Parti québécois est d'abord un parti d'idées, appelé à gouverner pour défendre ces idées.