Le doyen du caucus du Parti québécois, François Gendron, a fait une sortie mercredi pour ridiculiser les raisons qui ont mené cinq députés à claquer la porte pour siéger comme indépendants.

Denis Lessard LA PRESSE

C'était l'heure du ralliement de dernière minute mercredi pour les députés péquistes. Après cinq démissions successives, les députés se sont retrouvés quelques heures, dans une atmosphère tendue. Inquiets, ils avouent que d'autres départs sont possibles avant leurs retrouvailles de la fin août. Surtout, ils s'en prennent sans retenue à leurs ex-collègues qui ont décidé de claquer la porte depuis deux semaines.

Une dizaine d'élus manquaient au rassemblement convoqué la semaine dernière pour faire le point après l'affrontement épistolaire entre les jeunes péquistes et l'ancien chef Jacques Parizeau.

Doyen du parti, François Gendron, député d'Abitibi Ouest, avait manifestement préparé sa sortie.

«Il faut tout faire pour le PQ s'en tire. Le parti a un passé, une histoire. Il faudrait qu'il y en ait plus qui s'en rappellent. Le parti a servi le Québec et cela devrait transcender les petites réflexions sur les nuances. Il y a un message c'est clair pour ceux qui quittent le bateau. Je les connais, on veut la soupe un peu plus poivrée ou salée... cela n'a plus de sens, il faut arrêter ça. Un parti politique n'est pas un jouet!» a-t-il lancé avant de se rendre à la réunion à huis clos.

«Le danger d'implosion existe si on continue à se regarder le nombril et à dire: il y a un petit guidi qui me fatigue. La position a été adoptée par 1700 délégués, mais si on ne retire pas cette phrase-là... on va faire la souveraineté avec des souverainistes indépendants... la farce a assez duré!»

Sans le nommer, il a pris à partie son ancien collègue Pierre Curzi, qui mardi soir, soutenait envisager se présenter comme indépendant aux prochaines élections. «Il y a des fausses raisons, des gens qui disent il n'est pas question que je me représente, et dit le contraire à la télévision une demi-heure après», lance M. Gendron.

«Pensez vous que mon éthique après 35 ans de vie politique n'est pas aussi importante que les autres...», lance-t-il visant les collègues qui ont soutenu quitter le navire pour des raisons de principe.

Pour Nicolas Marceau, député de Rousseau, il faut «se poser des questions sur la légitimité de ceux qui ont démissionné. Quand on se fait élire, on le fait sous une bannière. Les gens qui ont voté pour Nicolas Marceau ont voté pour le Parti québécois, pour les valeurs qu'il représente. Les gens qui ont choisi de quitter, selon moi, n'ont plus le mandat populaire pour les amener là où ils sont. Il y a un déficit démocratique. Ils ont le droit de changer de discours, mais ils doivent retourner devant le peuple. C'est ce que je vais dire à ceux qui seraient tentés de changer de camp» prévient-il.

«Il n'y avait que prétextes dans les démissions des trois députés», le leadership de Mme Marois n'est pas atteint, lance André Villeneuve, député de Berthier. «Faire de la politique c'est être capable de se rallier. Démissionner c'est un peu abandonner aussi» dira-t-il.

Pour Denis Trottier de Roberval, «il faudrait qu'il y ait moins de gens qui se prennent pour des chefs et qu'il y ait plus d'indiens. Ceux qui pensent que la course à la chefferie règle tout, c'est faux, il y a peut-être plus de problèmes avec les Indiens qu'avec les chefs. C'est difficile à digérer, les égos des uns deviennent plus importants que la cause. Il y a des gens qui sont trop tournés vers leur nombril».

Un autre élu, Alexandre Cloutier, comme François Gendron que les démissionnaires ont quitté pour des raisons différentes. Pour l'élu du lac Saint-Jean, «la population québécoise a soif de changements, les gens souhaitent qu'on soit le plus raisonnable, positif et juste possible» a-t-il résumé. Le leadership de Mme Marois est plus fort qu'avant «parce que ceux qui étaient mal à l'aise ont quitté» soutient-il. Il dit craindre la «coalition souverainiste», proposé par Pierre Curzi. «C'est paradoxal de parler de coalition alors qu'on se divise entre nous», explique-t-il.

Il peut y avoir d'autres départs «deux ou trois», convient-il, l'important est que ceux qui restent soient déterminés à ramer dans la même direction.

Pointé du doigt par certains collègues pour l'agressivité à l'Assemblée nationale, Stéphane Bédard clairement n'avait pas l'intention de changer de ton. «C'est quand même pas moi qui ait manqué d'intégrité, qui ai transformé le système de garderie en système de financement des partis politiques, utilisé le système de financement des FIERS pour aider des amis. Il faut que ces gens-là rendent compte!», lance-t-il, rappelant que son parti avait en même temps proposé des solutions aux problèmes qu'il soulevait. «On va continuer à faire de la reddition de compte en même temps on doit proposer...».

Selon Claude Cousineau, le député de Bertrand, «l'été sera propice à la réflexion» des changements sont «toujours sains». «Il faut laisser tomber la poussière avec la démission de cinq personnes, il faut se parler entre nous» observe-t-il.

Pauline Marois est «une femme qui est très forte». Il faut selon lui «revoir notre façon de faire en Chambre, les citoyens nous disent qu'ils n'aiment pas le genre de confrontations comme on voit depuis quelques années».

«Je suis ici aujourd'hui.. après l'été je ne peux dire... on a des choses à discuter en caucus».

Pour Bernard Drainville, député de Marie-Victorin, les députés péquistes doivent «sortir unis de ce caucus» et les stratèges du parti doivent mettre davantage les élus à l'avant-scène «mettre l'équipe en avant».