Le premier ministre Jean Charest n'a manifesté aucune intention de rencontrer les leaders étudiants qui se sont déplacés à l'Assemblée nationale, jeudi, alors que la loi spéciale sera déposée sous peu.

Mis à jour le 17 mai 2012
Tommy Chouinard LA PRESSE

Il a passé une bonne partie de la période des questions à subir les foudres de l'opposition. «Quel gâchis, quel effroyable gâchis!» a tonné la chef du Parti québécois, Pauline Marois. «Nous en sommes à débattre d'une loi spéciale contre nos enfants, contre notre jeunesse, tout ça à cause de l'entêtement du premier ministre et parce qu'il faut sauver la face du premier ministre.» Selon elle, M. Charest s'est «enfermé dans une logique d'assiégé», fait preuve de «mépris» et «s'acharne contre les jeunes».





Elle a exhorté le premier ministre à rencontrer les leaders étudiants Léo Bureau-Blouin (FECQ) et Martine Desjardins (FEUQ), qui étaient dans les tribunes du Salon bleu.

«Si le premier ministre veut vraiment régler, s'il a vraiment à coeur la paix sociale, il doit les rencontrer. Je lui demande tout simplement de prendre du temps pour dialoguer, pour discuter avec des jeunes qui veulent trouver une sortie à la crise que nous vivons actuellement, une solution négociée, sans passer par une loi spéciale matraque.»

Jean Charest n'a montré aucune ouverture à cette idée. Tout au plus a-t-il dit que son gouvernement restait «à l'écoute». La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, a plus tard répété que la position des leaders étudiants s'était «nettement raffermie» et qu'une entente était impossible. La FECQ et la FEUQ n'ont obtenu aucun signal au sujet d'une rencontre avec le premier ministre, qu'elles réclament depuis longtemps.

Jean Charest a accusé Mme Marois de ne pas «contribuer à trouver des solutions» et «d'employer un langage incendiaire». Or, a-t-il insisté, on s'attend plutôt à «du calme et un sens de la mesure» de la part d'un leader politique, a-t-il insisté, relevant une fois de plus que Mme Marois porte le carré rouge. La chef péquiste «fabrique son indignation avec un texte préparé à l'avance», a-t-il lancé.



Jean Charest a parlé de sa décision sur le financement des universités et la hausse des droits de scolarité comme d'une «décision qui est fondateur pour l'avenir du Québec». L'État doit garantir le droit à l'éducation, a-t-il fait valoir. Et bloquer l'accès aux établissements est à ses yeux une entrave à l'exercice de ce droit.

Il a lancé un appel aux leaders étudiants et aux chefs syndicaux pour qu'ils invitent les étudiants à manifester «dans le calme, sans violence». «Rien, absolument rien, ne peut justifier l'intimidation et la violence», a-t-il dit.

Jean Charest a fait valoir que son gouvernement a fait «plusieurs concessions», bonifier le régime de prêts et bourses par exemple.

Mais pour Pauline Marois, «la décision de hausser de manière drastique, déraisonnable les frais de scolarité a été prise en mars 2011. Et jamais, jamais, depuis ce temps, le premier ministre n'a pris une minute pour rencontrer les étudiants. Jamais son gouvernement n'a bougé sur le coeur du litige, et on voudrait nous faire croire qu'il a tout essayé».

De son côté, le chef parlementaire de la Coalition avenir Québec, Gérard Deltell, a accusé le premier ministre de «reporter le problème en août» en suspendant la session.