Le fait que le Barreau du Québec ait demandé au gouvernement Charest de ne pas adopter une loi spéciale, mercredi, ne fait pas l'unanimité.

Mis à jour le 17 mai 2012
Hugo de Grandpré LA PRESSE

Dans une lettre envoyée directement au bâtonnier en soirée, et qui circulait dans les milieux juridiques jeudi matin, l'avocat Bernard Amyot critique sévèrement la prise de position de son ordre professionnel.

«Je viens de prendre connaissance de votre communiqué de presse de ce soir avec le plus profond désarroi et la plus entière incrédulité», écrit l'associé de Heenan Blaikie et ancien président de l'Association du barreau canadien.

«Le silence aurait été moins néfaste que cette abdication totale à l'anarchie au mépris de la primauté du droit, que vous prétendez faussement défendre, de l'autorité parlementaire des élus et de l'autorité de la magistrature et de son indépendance.»

«Honte au Barreau du Québec et au bâtonnier Masson!», conclut Me Amyot dans sa lettre, qu'il a également envoyée à plusieurs avocats, journalistes et juges du Québec.

Au moins un avocat a appuyé la démarche de son confrère dans un courriel envoyé à plusieurs dizaines de personnes.

«Je suis moi aussi à tout le moins très perplexe et déçu face à cette démarche du Barreau qui se permet, en notre nom et sans consulter ses membres, de prendre une position publique dans un débat essentiellement politique et social», a écrit Clemens Mayr, associé de McCarthy Tétrault, à Montréal.

«Je me permets de copier tous mes collègues de McCarthy Tétrault et encouragerait tous les récipiendaires de ce courriel à s'exprimer sur ce sujet», a-t-il ajouté.

Dans un communiqué de presse diffusé en fin de journée mercredi, le Barreau du Québec, qui représente quelque 24 000 avocats, avait déclaré: «Alors que les rumeurs d'adoption d'une loi spéciale s'intensifient, le Barreau du Québec demande aux parties de respecter toutes les composantes de la primauté du droit et leur demande de créer un climat propice à la sortie de crise en donnant une nouvelle chance aux pourparlers.»

Ce n'est pas la première fois que des membres du Barreau du Québec critiquent ses prises de position. Lors d'un comité parlementaire à Ottawa, il y a quelques mois, l'ancien ministre de la Justice du Québec, Marc Bellemarre, s'était lui aussi questionné sur leur légitimité. Le Barreau s'était prononcé contre certains aspects du vaste projet de loi omnibus C-10 sur le durcissement de la justice criminelle.

En fin de matinée, le prochain bâtonnier du Québec Nicolas Plourde, lui aussi associé au bureau Heenan Blaikie, s'est porté à la défense de l'Ordre: «L'intervention du Barreau se résume à un appel au respect de la primauté du droit, au respect mutuel et à la médiation. Je ne vois rien de honteux dans ceci.»

Dans un autre courriel, Christian Dubois, conseiller en communications d'Amir Khadir, a accusé Me Amyot d'être guidé par la partisanerie, soulignant que lui et plusieurs collègues de son cabinet avaient contribué de manière importante à la caisse du Parti libéral du Québec.