Depuis plusieurs mois, Bernard Trépanier est, bien malgré lui, sous les feux de la rampe de la commission Charbonneau: surnommé Monsieur 3%, on l'a dépeint comme un collecteur de fonds, un intermédiaire ou même le chef d'orchestre d'un système de collusion et de ristournes politiques à grande échelle à Montréal.

Kathleen Lévesque LA PRESSE

Selon le témoignage de l'ingénieur Michel Lalonde, de la firme Groupe Séguin (aujourd'hui Génius), c'est en 2004 que le stratagème de partage des contrats s'est mis en place, après la recommandation de Bernard Trépanier. Ce dernier avait obtenu l'aval du président du comité exécutif à l'époque, Frank Zampino. En contrepartie des contrats municipaux obtenus, des firmes de génie-conseil acceptaient de verser 3% de leur valeur au parti Union Montréal.

La façon de fonctionner était relativement simple. MM. Lalonde et Trépanier se réunissaient régulièrement pour décider de la répartition des dossiers qui transitaient par la suite dans les comités de sélection, auxquels des fonctionnaires recommandés notamment par M. Zampino siégeaient. C'était notamment le cas du responsable des infrastructures à la Ville de Montréal, Robert Marcil, aujourd'hui ingénieur au Groupe SM.

À cette époque, Bernard Trépanier était responsable du financement d'Union Montréal. Officiellement, il a occupé ses fonctions jusqu'en 2006, mais dans les faits, son travail s'est poursuivi jusqu'en 2009, selon plusieurs témoins.

Il y a deux semaines, deux ex-vice-présidents, l'un de Genivar et l'autre de la firme BPR, ont incriminé à leur tour M. Trépanier dans le système de collusion et la collecte d'une «cote» de 3% pour Union Montréal. Charles Meunier, de BPR, a confirmé que sa firme participait à ce système et qu'il avait lui-même livré des enveloppes remplies d'argent comptant à Bernard Trépanier. «Il faut travailler avec Bernard Trépanier pour avoir des contrats à Montréal», a soutenu M. Meunier.

François Perreault, de Genivar, a souligné que si les firmes de génie n'avaient pas «joué le jeu» avec M. Trépanier, elles n'auraient pas survécu dans le marché montréalais. «Il fallait avoir sa permission pour faire une soumission», a affirmé sous serment M. Perreault.

Selon lui, M. Trépanier imposait la création de consortiums aux firmes de génie, question de saupoudrer le travail. Il déterminait même le pourcentage de participation de chaque partenaire. Si Bernard Trépanier ne connaissait rien à l'ingénierie, le monde municipal n'avait pas de secret pour lui, a souligné François Perreault.

Ce dernier a fait jusqu'à quatre versements d'argent comptant à M. Trépanier, dans ses bureaux du parti Union Montréal. Chaque fois, la contribution a été déposée dans le coffre-fort de M. Trépanier.

C'est ce même coffre-fort qui, selon l'ex-organisateur politique Martin Dumont, débordait de liasses d'argent que les firmes de génie venaient remettre à M. Trépanier. Le témoignage de M. Dumont a toutefois été partiellement remis en question.

L'ex-directeur général d'Union Montréal, Christian Ouellet, a quant à lui cherché à prendre ses distances de Bernard Trépanier. Même si M. Trépanier était son employé, M. Ouellet a affirmé qu'il n'entretenait aucune relation avec lui. Mais un registre téléphonique déposé devant la Commission fait état de conversations fréquentes entre les deux hommes, même après le départ de M. Trépanier.

Il en va de même avec le vice-président de la firme Dessau, Rosaire Sauriol. MM. Trépanier et Sauriol ont conversé 575 fois au téléphone, comme l'a établi la Commission la semaine dernière. Rosaire Sauriol a d'ailleurs qualifié M. Trépanier de «porteur de bonnes nouvelles», car c'est lui qui prévenait les firmes qu'elles avaient obtenu, comme prévu, tel ou tel contrat.

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Trépanier devant la justice

Bernard Trépanier, 74 ans, fait face à cinq chefs d'accusation dans le scandale du Faubourg Contrecoeur. Selon la police, il aurait prétendument empoché de l'argent destiné à «un parti politique». M. Trépanier a comparu brièvement la semaine dernière avec ses coaccusés, dont l'ex-président du comité exécutif de Montréal Frank Zampino et l'entrepreneur Paolo Catania. La date du procès sera fixée le 29 avril.

Trépanier cire des voitures

Installé en Floride six mois par année, Bernard Trépanier s'occupe des voitures de son ami Bernard Poulin, tête dirigeante de la firme de génie SM. L'homme au «drôle de vocabulaire» «aime cirer des voitures», a expliqué M. Poulin l'automne dernier lors du procès qu'il a intenté contre l'ancien journaliste de La Presse André Noël, actuellement enquêteur à la commission Charbonneau. Comme l'a rapporté Le Devoir, M. Poulin verse à son ami Trépanier des «montants minimes» depuis 2010 pour ses bons services.