Le président de Génius, Michel Lalonde, affirme qu'il a versé illégalement 2000 $ en espèces au Parti libéral du Québec lors d'un déjeuner avec l'ex-ministre Line Beauchamp au Club 357c. L'ingénieur reconnaît qu'il a mis à profit cette relation pour faire débloquer un dossier au Faubourg Contrecoeur.

Pierre-André Normandin LA PRESSE

Le 21 février 2007, Jean Charest a déclenché des élections au Québec. Peu après, Michel Lalonde a reçu un appel de Bernard Trépanier, qui l'invitait à déjeuner au club privé 357c pour rencontrer la ministre Line Beauchamp.

Il ne s'agissait pas officiellement d'une activité de financement, mais Trépanier a demandé 2000$ à l'ingénieur «pour le Parti libéral du Québec, pour Line Beauchamp». Cette demande n'a pas surpris Lalonde, même si elle venait d'une personne plutôt associée au milieu municipal. «Bernard Trépanier s'est toujours occupé de financement politique à divers égards. Je sais que, des fois, il donnait un coup de main au niveau provincial, alors ça ne me surprenait pas.»

Comme l'invitation arrivait à la dernière minute, Michel Lalonde n'avait pas le temps de trouver des prête-noms pour signer des chèques au nom du PLQ. «Le temps de me revirer de bord, de trouver quelqu'un pour signer un chèque... Je lui ai demandé si c'était correct de lui remettre de l'argent comptant.»

Le président de Génius dit qu'il a «accompli discrètement» sa tâche à son arrivée au 357c, où il a remis une enveloppe à Bernard Trépanier. Line Beauchamp n'était pas encore arrivée et elle n'a pas fait allusion à des contributions durant leurs discussions, a précisé l'ingénieur. «De toute façon, c'est rare que les ministres nous remercient pour l'argent donné. C'est plus « merci d'être présents, merci d'appuyer la démocratie»», a expliqué Lalonde.

Selon lui, il n'a pas été question du Faubourg Contrecoeur. Line Beauchamp en a plutôt profité pour aborder les préoccupations des entrepreneurs sur les PPP. Lalonde estime que ces rencontres en petits groupes sont utiles pour «parler de façon interactive».

Outre Line Beauchamp, il y avait là son conjoint de l'époque, Pierre Bibeau, ainsi que Rosaire Sauriol, de Dessau, Paolo Catania, Frank Minicucci (proche d'Accurso), Frank Zampino et Bernard Trépanier. Le même groupe s'est réuni de nouveau au 357c un mois après la victoire de libéraux aux élections, mais Lalonde affirme que, cette fois, il n'a pas été sollicité pour un don.

Problème de couleuvres

Cette proximité avec la ministre Beauchamp s'est bientôt révélée utile dans le dossier du Faubourg Contrecoeur, a reconnu Michel Lalonde. À l'automne 2007, des fonctionnaires du ministère de l'Environnement arrêtent subitement le chantier parce que le terrain abritait des couleuvres brunes.

Bernard Trépanier a téléphoné au cabinet de la ministre de l'Environnement «pour avoir un coup de pouce». Michel Lalonde a ensuite lui-même expliqué le problème au chef de cabinet de Line Beauchamp, François Crête. «C'était pas de forcer le monde, juste d'avoir l'écoute.»

Peu après, Lalonde a reçu l'appel d'un directeur régional. Quelques semaines plus tard, le Ministère a permis la réouverture du chantier et réduit la zone de protection des couleuvres brunes.

Finalement, seulement trois couleuvres brunes ont été trouvées et déplacées.

Jointe en fin de journée, l'ex-ministre Line Beauchamp a rappelé qu'en contre interrogatoire, l'avocat du PLQ, avait indiqué «que j'avais donné ma version des faits avant Noel». Elle ne nie pas les faits rapportés par l'ingénieur Lalonde mais insiste; elle n'a jamais su que de l'argent liquide avait été versé pour son financement.

«Si il y a eu transaction cela n'est pas survenu en ma présence et cela n'a jamais été discuté à la table où j'étais assise», s'est-elle contentée de dire, se limitant à renvoyer le journaliste au contre-interrogatoire du procureur du PLQ, Michel Décary.