Gilles Surprenant, aussi connu sous le nom de «Monsieur TPS» («Taxe pour Surprenant») a apporté des précisions lors de son témoignage cet après-midi devant la commission Charbonneau (CEIC). Il a confirmé qu'il n'était pas le seul haut fonctionnaire responsable de la hausse marquée de la valeur des contrats adjugés par la Ville de Montréal dès le début des années 2000.

Mis à jour le 22 oct. 2012
Hugo Pilon-Larose LA PRESSE

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M. Surprenant a nommé deux ex-cadres à la Ville: Yves Themens et Robert Marcil. À titre d'exemple, il a cité une rencontre qu'il a eue avec M. Themens, qui aurait sorti devant lui une liasse de billets de 100$ en disant qu'il venait de «rencontrer Tony». M. Surprenant soutient qu'il a toujours cru qu'il parlait de Tony Conte, de la compagnie Conex.

M. Themens a aussi fait un voyage à Varadero, à Cuba, en compagnie de Luc Leclerc, ingénieur à la Ville de Montréal, et de M. Surprenant, payé par Tony Conte. MM. Leclerc et Surprenant ont aussi séjourné gratuitement à l'hôtel de Lino Zambito, au Mexique. Là-bas, ils auraient eu un traitement royal et auraient joué au golf, sans toutefois parler affaires, affirme M. Surprenant.  

Le procureur Denis Gallant a aussi questionné M. Surprenant sur son implication personnelle dans le système de collusion qui a mené à une hausse substantielle du coût des contrats de construction à Montréal.

Il a expliqué qu'il existait un système électronique qui permettait d'évaluer les coûts d'un contrat avant de lancer un appel d'offres.

Lorsque le coût estimé par le système de la Ville était inférieur à ce que voulaient soumettre les entrepreneurs, M. Surprenant lui-même corrigeait le tir dans le processus d'évaluation interne. C'est ainsi, a-t-il avoué, qu'il recevait une ristourne, qu'il évalue en moyenne à 5000$ par contrat.

Avec cette intervention, le prix de la réfection d'un mètre carré de trottoir a pu doubler en quelques années.

Vers la fin de la journée, M. Surprenant a expliqué comment plusieurs fonctionnaires de la Ville de Montréal se trouvaient souvent en présence d'entrepreneurs de la construction lors de tournois ou de parties de golf toutes dépenses payées. Les fonctionnaires, dont M. Surpenant lui-même, ont également reçu à de nombreuses reprises des cadeaux de toutes sortes, comme des bouteilles de vin et des billets de hockey. 

De la part de Paolo Catania, M. Surprenant a également avoué avoir reçu une paire de billets pour le spectacle de Madonna au Centre Bell.  

Plus tôt aujourd'hui

Gilles Surpenant a affirmé plus tôt ce matin que Luc Leclerc, son collègue, ami et confident, avec qui il a fait plusieurs voyages de golf, lui avait dit que 2,5% de la valeur des contrats étaient destinés au crime organisé et 3% au comité exécutif de la Ville.

M. Surprenant a ainsi confirmé une partie du témoignage de Lino Zambito, qui avait déclaré que les entrepreneurs devaient payer ces pourcentages afin d'avoir accès aux contrats de la Ville de Montréal.

Il a soutenu que, lorsqu'il a rencontré Frank Catania pour la première fois, ce dernier lui a dit: «Les gens qui nous empêchent de manger, on les élimine». La semaine dernière, il avait plutôt utilisé les mots «on les tasse» lorsqu'il avait cité Catania. M. Surprenant a affirmé qu'il avait été intimidé par ces propos et qu'il avait peur des conséquences que pourrait avoir son témoignage.

Il a raconté que, en 1995, il avait été invité au restaurant par Joe Borsellino, dirigeant de la compagnie Garnier. Paolo Catania, de F. Catania et Associés, et Joe Piazza, de Piazza Constructions, s'y trouvaient aussi. Les trois entrepreneurs lui ont laissé entendre que les prix étaient trop bas à la Ville de Montréal.

Durant son interrogatoire, Me Gallant a tenté de faire avouer à M. Surprenant qu'il avait accepté de gonfler les prix des contrats à la suite de cette rencontre. Avant la pause de midi, M. Surprenant a dit que c'était possible, mais qu'il ne s'en souvenait pas.

Surprenant rencontre deux fois Vito Rizzuto

M. Surprenant a expliqué qu'il avait rencontré à deux reprises le parrain de la mafia montréalaise, Vito Rizzuto, par l'entremise de Tony Conte, de la firme de construction Conex. M. Conte faisait partie du petit groupe d'entrepreneurs qui, selon Lino Zambito, participait au système de collusion dans la soumission des contrats à la Ville de Montréal.

La première fois, en 1996-1997, il a été invité à un voyage de golf en République dominicaine par Tony Conte. C'est en arrivant à l'aéroport qu'il a su que M. Rizzuto ferait partie du voyage. Luc Leclerc, ingénieur à la Ville de Montréal, était aussi de la partie. Les quatre hommes n'auraient pas parlé affaires de tout le voyage, selon M. Surprenant.

Six ans plus tard, M. Surprenant a de nouveau rencontré Vito Rizzuto lors d'une partie de golf organisée et payée par Tony Conte au club Le Mirage, à Terrebonne. M. Surprenant a soupé avec le parrain de la mafia ce soir-là, mais une fois encore n'aurait pas discuté d'affaires.

Surprenant a aussi nommé les entreprises et les entrepreneurs avec qui il a fait affaire pendant son temps à la Ville: Infrabec (Lino Zambito), Conex Construction (Tony Conte), ATA Construction (Domenic Aloazio), ATG Construction avec (Joey Piazza), BenTech (Antonio Bentivenia), SuperExcavation, Mirabeau Const (Domenic Cammalleri), Garnier Const (Joe Borselino), F. Catania (Paolo Catania) et Catcan (Tony Catania).

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Gilles Surprenant en bref

>Ingénieur de la Ville de Montréal de 1976 à 2009.

>A débuté à la planification des travaux dans les égouts.

>Diplômé de Polytechnique en 1975.

>Affecté aux plans et devis des projets d'égouts en 1987.

>A occupé ce poste jusqu'à sa retraite, en novembre 2009.

- Avec La Presse Canadienne