Montréal veut récupérer «l'argent volé aux Montréalais» par le cartel des égouts exposé devant la commission Charbonneau. En plus des 122 800$ en pots-de-vin déposés en preuve, la Ville pourrait aller jusqu'à tenter de réclamer les sommes payées en trop sur les contrats gonflés artificiellement.

Mis à jour le 20 oct. 2012
Pierre-André Normandin LA PRESSE

Comme le maire refuse de commenter les révélations de la Commission, c'est plutôt son bras droit qui a fait une sortie publique, vendredi, pour condamner les aveux du fonctionnaire à la retraite Gilles Surprenant. Celui qu'on surnomme «Monsieur TPS» dans le milieu de la construction a reconnu avoir empoché 600 000$ en pots-de-vin d'entrepreneurs au cours de sa carrière. Il aurait ainsi truqué pas moins de 90 appels d'offres de Montréal.

«Je suis vraiment dégoûté par ce que j'ai vu, par ce que j'ai entendu à la commission Charbonneau. On parle d'un employé à la Ville de Montréal qui a collaboré avec des bandits. Ils nous ont volé de l'argent des contribuables et je ne l'accepte pas», s'est indigné Michael Applebaum, président du comité exécutif.

L'administration Tremblay a demandé à ses avocats d'étudier les recours possibles pour récupérer l'argent. Et pas seulement ce qu'il reste des pots-de-vin empochés par Gilles Surprenant; la Ville s'intéresse aussi aux entreprises impliquées dans le cartel. «On étudie toutes nos options», confirme-t-on à La Presse. Le maire doit faire le point avec son contentieux lundi à ce sujet.

Michael Applebaum a tenu à souligner que, aussi méprisants qu'ont été les gestes de Gilles Surprenant, ils proviennent d'un seul des 29 000 employés de la Ville de Montréal. «Monsieur TPS» a été le seul responsable pendant plus de 20 ans des projets d'égouts de la métropole. C'est sur ses évaluations de coûts que les élus acceptaient de dépenser des millions. L'ex-entrepreneur Lino Zambito affirme que son aide a permis de faire grimper à plus de 30% la marge de profit sur les contrats d'égouts.

L'enquête se poursuit

Il reste qu'une enquête se poursuit sur les quatre autres fonctionnaires que l'ex-entrepreneur Lino Zambito dit avoir corrompus. Montréal enquête également sur le fonctionnaire qui aurait présenté Gilles Surprenant au cartel en 1991, mais dont M. Surprenant dit ne pas se rappeler le nom. «On travaille le dossier, mais je ne veux pas entrer dans les détails», s'est contenté de répondre Michael Applebaum.

Le président du comité exécutif a profité de son point de presse pour lancer un appel aux employés qui pourraient, encore aujourd'hui, se retrouver dans la position de Gilles Surprenant. Celui-ci dit avoir été intimidé avant de se mettre à collaborer au cartel. «C'est toujours possible de parler avec son supérieur pour s'assurer d'avoir de l'aide, des avocats pour se défendre contre ceux qui veulent faire de la collusion et de la corruption», a insisté l'élu.

Michael Applebaum n'a pas voulu dire si le témoignage de Gilles Surprenant ajoute de la crédibilité à celui de Lino Zambito, qui affirme que le parti du maire a touché 3% des contrats de 2005 à 2009. «C'est très important que la Commission continue à faire la lumière», a-t-il simplement répondu aux questions à ce sujet.

La démission de Tremblay toujours demandée

Les deux oppositions à l'hôtel de ville ont de nouveau réclamé la démission du maire, qu'elles accusent d'avoir fermé les yeux sur la corruption durant ses 10 années de mandat. «Je ne comprends pas pourquoi il [M. Tremblay] n'est pas là aujourd'hui (vendredi)», s'est indignée la chef de l'opposition, Louise Harel, sur le silence du maire.

Un conseiller de la deuxième opposition, Alex Norris, a quant à lui dit espérer que des enquêtes policières sont en cours sur Gérald Tremblay. Après tout, trois de ses proches collaborateurs font aujourd'hui face à des accusations, tandis que d'autres ont été nommés par Lino Zambito, dont l'ex-directeur général Robert Abdallah. Ce dernier nie toutefois avoir empoché un pot-de-vin de 300 000$ comme l'affirme l'ex-entrepreneur.

Malgré ces appels répétés à la démission du maire et les allégations sur le financement illégal de son parti, les membres d'Union Montréal continuent à le soutenir, assure Michael Applebaum. «Les membres sont très unis. J'ai déjà vu de grosses discussions autour de la table. [À Union Montréal], c'est comme une famille: on peut se chicaner entre nous, mais on n'accepte pas qu'on nous attaque.»

Michael Applebaum croit-il pour autant que le maire devrait se représenter aux élections de novembre 2013? «Je suis un membre d'Union Montréal, je suis fidèle à Union Montréal. C'est à Gérald Tremblay de prendre une décision. Si Gérald Tremblay décide de se représenter, je vais me représenter encore avec lui. Mais c'est à lui de prendre sa décision sur son avenir.»