Une pile de documents à l'appui, l'ex-directeur de la Ville de Montréal, Robert Abdallah, a rejeté ce matin les allégations faites par l'ancien entrepreneur en construction Lino Zambito devant la Commission Charbonneau.

Mis à jour le 18 oct. 2012
Valérie Simard LA PRESSE

«Je n'ai jamais parlé, exercé de pression, encore moins reçu de ristourne du fournisseur Tremca, a-t-il martelé. Le témoignage de M. Zambito est faux et diffamatoire.»

Il a assuré n'avoir jamais eu de contact avec Lino Zambito et ne le connaître que par le biais de la télévision qui diffuse son témoignage devant la Commission Charbonneau. L'ancien propriétaire de la firme de construction Infrabec avait affirmé, le 2 octobre dernier, à la Commission que Robert Abdallah lui avait imposé en 2005 le fournisseur de tuyaux Tremca pour la réalisation de travaux d'égouts dans l'est de Montréal. Selon M. Zambito, la somme du contrat avait été majorée de 300 000$, un montant qui a été, a-t-il soutenu, versé à Robert Abdallah, alors directeur général de la Ville de Montréal.

Robert Abdallah nie que le contrat ait été majoré. Il soutient que le contrat a été octroyé et approuvé tel que soumissionné par Infrabec sans mention des tuyaux de béton TBA. Pour appuyer ses dires, il a remis aux journalistes une série de documents obtenus par ses procureurs auprès de la Ville de Montréal. À l'aide de ces documents, il a démontré que la chronologie des événements établie par Lino Zambito ne correspond pas à la documentation écrite que détient la Ville sur ces travaux.

Robert Abdallah a également fait valoir qu'en tant que directeur général de la Ville, il ne se préoccupait pas des détails de chacun des contrats octroyés. Il a dit n'avoir jamais été témoin de corruption à la Ville de Montréal.

M. Abdallah a par ailleurs admis s'être rendu une fois sur le yacht de Tony Accurso, qui est «un ami». C'était après son départ de la Ville de Montréal en 2006, a-t-il précisé. Entre 2008 et 2010, il a dirigé l'une des entreprises de Tony Accurso, Gastier.

Robert Abdallah s'est dit prêt à montrer ses états de comptes bancaires pour démontrer qu'il n'a jamais reçu de pots-de-vin. «J'invite tout corps compétent à venir faire des vérifications détaillées», a-t-il répété à quelques reprises. Il a affirmé qu'en tant que «bon citoyen», il ira témoigner devant la commission Charbonneau s'il y est convoqué.

Quant à savoir ce qui aurait poussé Lino Zambito à faire de telles déclarations, Robert Abdallah a répondu qu'il l'ignorait. Il a rappelé qu'en 2004, il a mandaté une firme indépendante pour vérifier la conformité des appels d'offres et des soumissions à l'hôtel de ville. Une mesure qui aurait, selon lui, déplu à certains. «Est-ce que j'ai cassé des oeufs? Est-ce qu'il y en a qui ne m'aimaient pas? Oui, a-t-il déclaré. Ça peut être la raison pour laquelle on m'a mis un chapeau qui ne m'appartient pas.»

Tremca se défend

Les dirigeants de l'entreprise Tremca, fournisseur des tuyaux de béton pour les travaux de 2005, ont pour leur part nié avoir versé un pot-de-vin pour obtenir le contrat. Par voie de communiqué, Michel et Éric Caron, déclarent «qu'ils n'ont jamais versé un pot-de-vin ou une ristourne quelconque directement ou indirectement à qui que ce soit pour obtenir la commande de Infrabec pour ce projet, et qu'ils n'ont aucune connaissance qu'un pot-de-vin ou ristourne quelconque a été versé directement ou indirectement à qui que ce soit».

Ils soutiennent qu'il n'y a eu aucune discussion avec Robert Abdallah au sujet de ce projet et qu'ils n'ont aucune connaissance d'une intervention quelconque du directeur général pour favoriser leur entreprise.