La commission Charbonneau entend cet après-midi «monsieur TPS». Cet ingénieur à la retraite de la Ville de Montréal, Gilles Surprenant, aurait empoché 1% du montant des contrats obtenus par le cartel des égouts de la métropole, selon le témoignage de l'ex-entrepreneur Lino Zambito.

Mis à jour le 18 oct. 2012
Pierre-André Normandin LA PRESSE

L'interrogatoire de Gilles Surprenant devait commencer ce matin, mais son entrée en scène a été retardée par une requête des médias pour rendre publique la portion encore sous ordonnance de non-publication du témoignage de Lino Zambito. Le débat se déroule lui-même sous ordonnance de non-publication et nous ne pouvons dévoiler les détails ayant retardé la reprise des activités publiques de la Commission.

Gilles Surprenant travaillait à la conception des plans et devis de la Ville de Montréal. Lino Zambito a affirmé que l'ingénieur gonflait artificiellement le prix des estimations pour offrir une meilleure marge de profit aux entreprises du cartel. Pour ses services, il aurait touché 1% des contrats truqués. Dans le milieu, il avait hérité du surnom «M. TPS» pour «taxe pour Sureprenant».

À elle seule, la compagnie de Zambito, Infrabec, aurait versé 200 000$ à M. Sureprenant sur une période de 8 à 10 ans. Infrabec avait droit à 14% des contrats selon l'entente du cartel. Une douzaine d'entreprises auraient participé au cartel, selon le témoignage de l'ex-entrepreneur, ce qui aurait permis à l'homme d'empocher une coquette somme.

L'ex-entrepreneur a également affirmé qu'il avait payé 3 ou 4 voyages au Mexique à M. Surprenant, à l'hôtel de son père, le Marival. Lino Zambito a affirmé avoir été présent une seule fois avec lui dans le complexe hôtelier.

Depuis sa retraite, Gilles Surprenant travaille pour des firmes de génie privées décrochant de nombreux contrats à la Ville de Montréal.

Du 20 juin 2011 au 14 septembre 2012, Gilles Surprenant était chargé de projet en génie civil pour l'entreprise québécoise Cegertec WorleyParsons, qui fait affaire avec plusieurs villes, ministères et sociétés d'État. Durant son mandat, celui que l'on surnomme «monsieur TPS» a notamment été responsable d'un projet de réfection et de réaménagement de l'île Sainte-Hélène et du circuit Gilles-Villeneuve. «Nous avons gagné le contrat dans les règles par appel d'offres avec prix, affirme André Tousignant, directeur des communications de l'entreprise. Il est toutefois probable que le curriculum vitae de M. Surprenant ait figuré dans la proposition, comme c'est généralement le cas pour les chargés de projet.»

Embauché à cause d'un surplus de travail, l'ex-ingénieur de la Ville de Montréal a été remercié à la mi-septembre «parce que plusieurs projets étaient terminés», explique M. Tousignant. «Sur le plan des compétences, nous n'avons rien à lui reprocher. Nous savions qu'il était un ancien de la Ville, mais il a respecté les normes d'éthique et les délais de prescription», assure-t-il.

La question de la collusion et de la corruption sera à nouveau à l'avant-plan de l'actualité aujourd'hui. En plus de ce témoignage, l'ex-directeur général de Montréal, Robert Abdallah, a convoqué la presse à 10 heures ce matin pour se défendre des accusations de Lino Zambito. Il nie avoir empoché un pot-de-vin de 300 000$ après avoir imposé à Infrabec l'achat de tuyaux de béton armé d'une compagnie de la Rive-Sud, Tremca.