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Déclarations chocs de Lino Zambito: une «cote» de 3% à Union Montréal

Bruno Bisson
La Presse

L'ancien entrepreneur en construction Lino Zambito, propriétaire d'Infrabec, a affirmé lundi qu'il a payé à un entremetteur de la mafia sicilienne des sommes équivalant à 3% de tous les contrats qu'il a réalisés pour la Ville de Montréal à compter de 2005. Cet argent, versé en liquide, était destiné au parti du maire Gérald Tremblay, Union Montréal.

M. Zambito a affirmé devant la commission Charbonneau qu'il a commencé en 2005 à faire ces paiements réguliers de 3% à l'entrepreneur Nicolo Milioto, décrit la semaine dernière comme le principal intermédiaire entre l'industrie de la construction et la mafia sicilienne de Montréal.

La semaine dernière, M. Zambito a affirmé à la commission Charbonneau qu'il payait à la mafia sicilienne, au début des années 2000, une sorte de commission équivalant à 2,5% de la valeur de ses contrats municipaux à Montréal. Pendant plusieurs années, il a ainsi obtenu une part enviable des contrats dans son domaine - une valeur totale de 10 à 12 millions par année.

Mais à partir de «2005-2006», une nouvelle consigne a été établie autour de la «table» qui réunissait les dirigeants de la dizaine d'entreprises de construction dominant le «marché» des contrats municipaux de Montréal. M. Zambito a été vague sur l'origine de la consigne et sur la manière dont elle s'est imposée aux entrepreneurs complices de ce système de collusion. Il est toutefois formel quant à la destination finale de ce «3%».

«M. Milioto, a dit l'ex-entrepreneur de 43 ans, m'a confirmé que le 3% que je donnais allait au parti politique du maire Tremblay.»

À qui M. Milioto remettait ensuite cet argent? M. Zambito dit l'ignorer. Il n'a, semble-t-il, jamais cherché à le savoir.

Pourri de haut en bas

Ces paiements étaient faits à l'occasion de rendez-vous express au cours desquels M. Milioto et lui échangeaient rapidement des banalités, et M. Zambito devait consacrer beaucoup de temps et d'argent à «l'entretien» de ses relations professionnelles à l'intérieur du système de travaux publics de la Ville de Montréal.

M. Zambito affirme qu'il aurait versé, au fil des ans, jusqu'à 200 000$ chacun à deux ingénieurs de la Ville de Montréal, Luc Leclerc et Gilles Surprenant. Des photos de ces deux ingénieurs, assis autour d'une généreuse table en compagnie de M. Zambito dans un hôtel de Puerta Vallarta, au Mexique, ont été rendues publiques par la commission Charbonneau.

M. Zambito a assuré que les deux hommes avaient séjourné une semaine à l'hôtel, à ses frais. «Un voyage de golf», a précisé l'ancien entrepreneur.

M. Surprenant se serait surnommé lui-même «monsieur TPS». Le sigle signifie «taxe pour Surprenant», a précisé Lino Zambito. L'ingénieur, qui était responsable de la conception et des plans et devis en vue des soumissions de contrats publics, touchait, selon M. Zambito, une somme équivalant à 1% de ces contrats.

Quant à Luc Leclerc, il était ingénieur de chantier. Il jouait un rôle important pour l'obtention de suppléments aux contrats d'Infrabec. «Sa façon de faire, c'est que le montant qu'on réussissait à passer en "extras" bidon, 75% allait à l'entrepreneur et 25% à M. Leclerc.»

Des paniers au party

M. Zambito a nommé une dizaine d'autres fonctionnaires municipaux, surveillants de chantier, ingénieurs ou membres du personnel-cadre de la Ville qui ont participé à des voyages, des tournois de golf et des partys de Noël réunissant le personnel d'Infrabec et de la Ville de Montréal.

L'ancien entrepreneur, qui a fait faillite en 2011 après avoir été arrêté relativement à une affaire de corruption dans une autre municipalité, a même indiqué lundi qu'il avait pris l'initiative d'organiser un party de Noël parce qu'il était devenu de plus en plus fastidieux d'envoyer des «paniers de Noël» à tous ceux qu'il devait remercier.

«Quand arrivait le temps de Noël, il y avait toujours un petit cadeau, une marque de reconnaissance qu'on faisait livrer aux gens avec qui on faisait affaire, des ingénieurs ou des élus. Un panier de Noël.»

Mais en 2007, «au nombre de personnes qu'on connaissait, ça prenait un messager pendant un mois pour aller livrer tous les cadeaux».

La création de l'escouade anticorruption Marteau a mis fin au party, en 2009, et «a amené plusieurs fonctionnaires municipaux à prendre leur retraite», a-t-il ajouté. Ce fut le cas de MM. Leclerc et Surprenant.

Le témoignage de M. Zambito se poursuit mardi, pour une troisième journée.




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