Malgré de nombreuses demandes d'accommodement et une clientèle souvent multiethnique, la majorité des cégeps n'ont été le théâtre d'aucun incident et d'aucune plainte en lien avec le port de signes religieux ou l'expression de croyances religieuses au cours des dernières années, révèlent des documents obtenus par La Presse.

Mis à jour le 26 mars 2014
Gabrielle Duchaine LA PRESSE

Grâce à la Loi sur l'accès à l'information, nous avons demandé aux 48 cégeps publics de la province la copie d'un questionnaire sur la Charte de la laïcité du Parti québécois qu'ils devaient remplir pour le compte de la Fédération des cégeps. Vingt-huit établissements nous ont fourni le document, ce qui représente 58% des cégeps. Quatre établissements ont refusé de le divulguer pour des raisons de confidentialité et neuf, généralement établis loin des grands centres, n'avaient tout simplement pas rempli le questionnaire de la Fédération. Les autres n'ont pas donné suite à notre demande.

Parmi les répondants, le constat est quasi unanime. Oui, les cégeps reçoivent des demandes d'accommodements religieux. Non, ces demandes ne causent pas de problèmes.

«Ça fait partie de notre mission éducative d'intégrer les gens, explique Brigitte Desjardins, directrice des communications du Collège de Maisonneuve. Alors on encourage les ajustements, sans que ça ne compromette l'équité et les compétences. On le fait pour le bien de l'individu et aussi pour le bien collectif. C'est dans notre culture.»

Les balises encadrant les demandes d'accommodement sont claires dans l'école; une charte, selon la direction, ne servirait à rien. Plusieurs établissements tiennent un discours semblable.

Pas de visages voilés

Les documents obtenus par La Presse révèlent aussi qu'aucun des collèges sondés n'a eu affaire, au cours des dernières années, à une employée qui souhaitait travailler le visage couvert ou à une élève qui portait un voile intégral en classe.

Rappelons qu'une disposition de la Charte vise à interdire la prestation de services le visage couvert. «Des filles qui portent un voile, on en voit souvent, et de façon très stylisée en plus. Mais des visages voilés, jamais. Même les longs vêtements amples sont rares», note Johanne Fraser, présidente du syndicat des enseignants du cégep de Saint-Laurent, qui accueille une clientèle particulièrement hétérogène. Même son de cloche au Collège de Maisonneuve, où 85% des élèves de la formation continue proviennent de l'immigration récente.

En fait, depuis deux ans, seuls deux collèges ont signalé des incidents, mineurs, liés aux questions religieuses.

À Drummondville, la direction a dû intervenir auprès d'une employée qui mettait sa Bible en évidence sur son bureau, faisait jouer de la musique chrétienne dans des espaces publics et cherchait à parler de religion avec les élèves. L'employée a cessé ces activités après avoir reçu un avertissement.

Le cégep Garneau, à Québec, a aussi été le théâtre de quelques incidents, dont une altercation impliquant une femme voilée inscrite dans le programme de soins infirmiers qui a été prise à parti. Le collège a sévi contre l'intimidateur.

Malgré cela, l'établissement émet des réserves quant à l'adoption de la Charte de la laïcité du gouvernement Marois; il évoque de possibles «impacts sur l'attraction et la rétention de la main-d'oeuvre» et une plus grande «complexité à la gestion courante».

D'autres établissements montrent plus d'ouverture. «Même si ce genre de politique nous apparaît inutile, nous souhaitons profiter d'un modèle standard pour nous en inspirer», écrit la direction générale du Collège d'Alma. «Des règles claires faciliteront sûrement le travail des gestionnaires dans des situations très complexes», lit-on dans le document du cégep de la Gaspésie et des Îles.

- Avec la collaboration de Serge Laplante