D’abord, sans ironie ni sarcasme, il faut le dire : Horacio Arruda n’a pas démérité. Il était l’homme de la situation au début de la pandémie quand il a fallu convaincre les Québécois de s’encabaner.

Publié le 11 janvier

Mars 2020, tout était nouveau, tout était vertigineux. La « distanciation », le « confinement », les « gouttelettes », le « corona… » quoi ?

La bonhomie et le naturel du directeur national de santé publique ont servi la nécessaire pédagogie qu’il fallait faire auprès des Québécois en ces heures frénétiques du printemps 2020. On a tous en souvenir le bon DArruda qui, avec ses gestes théâtraux, aplatissait la « courbe » des infections dans les points de presse de 13 h…

Horacio Arruda était donc l’homme de la situation…

Jusqu’à ce qu’il ne le soit plus.

Et le 30 décembre dernier, à la veille du début de la troisième année de la pandémie, Sarah Molkhou, de Cogeco Nouvelles, a posé la question en forme de coup de grâce à François Legault (1) lors du point de presse du trio santé : « Le travail du DArruda est de plus en plus remis en question par des analystes qui lui reprochent notamment d’être en retard sur la science : est-il toujours la bonne personne pour diriger la Santé publique du Québec ? »

Réponse du PM : « Oui. »

Ce fut le début de la fin, le début du « non », au fond.

De grands pans du Québec scientifique doutaient du directeur national de santé publique (DNSP), et depuis longtemps. Parce que, oui, des tas d’épidémiologistes, de microbiologistes, de virologues et d’infectiologues se grattaient la tête depuis des mois en écoutant Horacio Arruda. Sans parler des doutes dans les Directions régionales de santé publique : ces doutes-là ne s’exprimaient pas publiquement, car le DNSP Arruda était le patron des Directions régionales…

Le journaliste André Noël a synthétisé les nombreux faux pas (2) du DNSP. Le mois de décembre fut le mois où les doutes sur Horacio Arruda sont devenus difficiles à ignorer. L’analyste Patrick Déry fut un des premiers à réclamer son départ (3). Puis, lundi matin, l’édito de La Presse (4) a été très dur pour le DNSP, et Christian Dubé, chez Paul Arcand (5), n’a pas exactement donné un vote de confiance retentissant au DArruda…

La pression était devenue trop forte pour que le DNSP reste en poste. Et lundi soir, il a démissionné.

Trop souvent, ce que disait le DArruda en public était déphasé pour ceux qui ont fait métier d’étudier l’épidémiologie, la microbiologie, la virologie et l’infectiologie. Tant qu’on construisait le fameux avion de la COVID-19 en vol, ça pouvait passer. Mais l’excuse de la science changeante avait quand même le dos large, devant certaines boulettes du DArruda. À la fin, après deux ans de pandémie, ce n’était plus justifiable.

Le DArruda a donc démissionné. Maintenant, au-delà de l’homme, il y a les structures… Le directeur national de santé publique est aussi sous-ministre. Un sous-ministre, ce n’est pas programmé pour contredire le politique. Or, dans une pandémie, la science et le politique n’auront forcément pas les mêmes vues.

Si Horacio Arruda est remplacé par une autre personne tout aussi inféodée au politique, on va continuer à avoir une Santé publique qui est, en fait, une Santé politique.

Depuis le début de la pandémie, le politique dit et répète qu’« on suit les recommandations de la Santé publique », alors qu’on ne sait pas trop ce que la Santé publique a réellement recommandé…

Ou pas.

Ce manque de transparence est un problème. On ne sait pas où commencent les préoccupations politiques et où finissent les impératifs politiques, quand le gouvernement parle. Le départ du DArruda donne l’occasion de corriger ce problème de transparence. Il en faudra, de la transparence, pour garder la confiance des Québécois de bonne foi.

Car présentement, la Santé publique directement salariée de l’État – ministère de la Santé, Institut national de santé publique et Institut national d’excellence en santé et en services sociaux – ne semble pas oser contredire le politique.

Il faut aller dans les hôpitaux et dans les universités – dans la Santé publique qui ne relève pas directement du ministère – pour trouver des points de vue indépendants, qui sont souvent aux antipodes de ce qu’affirme le politique.

Il y a beaucoup d’expertise dans les Directions régionales de santé publique, qui se sentent souvent aussi loin de Québec que la Terre, de Jupiter : à Montréal, la directrice de santé publique, Mylène Drouin, s’est souvent illustrée (6). Elle a le respect inconditionnel de ses pairs. La Dre Drouin détonnerait dans le boys club du bunker du PM… Tout comme la Dre Joanne Liu, ex-présidente de Médecins sans frontières, qui s’y connaît un peu en gestion d’épidémies sur le terrain.

Ces gens-là, ceux et celles qui ne sont pas de la Santé publique « officielle » des salariés de l’État du cénacle INSPQ-INESSS-ministère de la Santé, ils doivent avoir l’oreille de François Legault.

Mais si le PM profite de la démission d’Horacio Arruda pour installer une autre personne qui lui servira de caution scientifique dans la même structure de bureaucrates inféodés au politique, on risque de continuer à se demander s’il y a un pilote dans l’avion de la COVID-19 (7).

1. Regardez un extrait de la conférence de presse du 30 décembre
2. Consultez l’enfilade d’André Noël
3. Consultez le blogue de Patrick Déry
4. Lisez l’éditorial de Philippe Mercure
5. Écoutez le ministre de la Santé au micro de Paul Arcand
6. Lisez « Montréal et la troisième vague : la prudence a payé »
7. Lisez la chronique « Y a-t-il un pilote dans l’avion ? »