La présence du drapeau russe sur le chapiteau du Cirque du Soleil dérange, six mois environ après le début de l’invasion de l’Ukraine. Ce geste ne doit pas être interprété comme une « prise de position politique ou morale », selon l’entreprise. Une réponse « naïve », estime le Conseil des Ukrainiens du Canada.

Publié le 16 août
Vincent Larin
Vincent Larin La Presse

Parmi tous les drapeaux qui flottaient au-dessus de la grande tente dressée jusqu’à lundi dans le Vieux-Port de Montréal pour y présenter le spectacle KOOZA depuis le printemps, celui du pays de Vladimir Poutine a fait tiquer.

Interpellée à ce sujet, la directrice en chef mondiale des relations publiques du Cirque du Soleil, Caroline Couillard, a indiqué qu’il s’agissait d’« un symbole inclusif qui illustre le fait que l’art circassien rassemble des gens du monde entier ».

PHOTO MORGANE CHOQUER, LA PRESSE

Le drapeau russe flotte aux côtés de plusieurs autres sur le chapiteau du Cirque du Soleil, dans le Vieux-Port de Montréal.

« Tout comme notre présence sur un marché ne doit pas être interprétée comme une prise de position politique ou morale, les drapeaux hissés sur le devant de nos chapiteaux représentent tous les pays d’origine des artistes et membres de la troupe travaillant sur le spectacle présenté, et non un symbole politique ou une déclaration quelconque », fait-elle valoir dans une réponse acheminée à La Presse.

Les artistes d’origine russe que nous employons ne sont pas des fonctionnaires de leur gouvernement.

Caroline Couillard, directrice en chef mondiale des relations publiques du Cirque du Soleil

« Par conséquent, dans le cadre de notre mission qui est d’invoquer l’imagination, de provoquer les sens et d’évoquer les émotions des gens dans le monde entier, y compris de tous les artistes – ce qui est le cœur même de notre existence –, les artistes d’origine russe font partie de notre grande famille et seront toujours traités avec respect et sur un pied d’égalité avec tous les autres », affirme Mme Couillard.

Le Cirque du Soleil se dirige vers Gatineau, où il présentera KOOZA dès le 26 août. Le drapeau russe flottera sur le chapiteau dans la ville outaouaise, a confirmé Mme Couillard.

L’art et le politique

Or, selon le président de la branche québécoise du Conseil des Ukrainiens du Canada, Michael Shwec, il s’agit d’une réponse « naïve », dans le contexte où, au niveau fédéral, la Chambre des communes a adopté une motion qualifiant l’invasion russe de l’Ukraine de « génocide ».

En six mois de conflit, ce dernier dit en avoir entendu des vertes et des pas mûres de la part d’organisations justifiant le non-retrait de drapeaux russes.

PHOTO SARKA VANCUROVA, ARCHIVES LA PRESSE

Michael Shwec, président de la branche québécoise du Conseil des Ukrainiens du Canada

« Souvent, les organisations qui ont pour but de promouvoir la culture et les arts, ils ne savent pas de quelle façon ils peuvent influencer la politique. Et le Cirque du Soleil est vraiment naïf en pensant que les arts et la politique sont des choses distinctes », explique-t-il.

Les arts développent la culture, la culture façonne la société et c’est la société qui élit ses dirigeants. Les fonctionnaires, les politiciens élus, les dirigeants fixent ensuite la politique.

Michael Shwec, président de la branche québécoise du Conseil des Ukrainiens du Canada

Depuis le début du conflit en Ukraine, la position du Conseil des Ukrainiens du Canada est claire au sujet des symboles de la Russie : il réclame un embargo complet.

C’est pourquoi Michael Shwec demande au Cirque du Soleil de retirer le drapeau russe de son chapiteau.

Un autre cas toujours en suspens

Son organisation en a interpellé plusieurs autres au fil des derniers mois quant à la présence des drapeaux russes sur leurs installations, dont la Société de développement et de mise en valeur du Parc olympique (SDPO).

Après avoir reçu des questions du Conseil des Ukrainiens du Canada, la SDPO a confirmé avoir retiré tous les drapeaux que l’on pouvait apercevoir de l’intersection des rues Sherbrooke et Pie-IX au printemps dernier.

Le Stade olympique

  • Le Stade olympique en décembre 2021, quand les drapeaux y étaient encore hissés.

    PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

    Le Stade olympique en décembre 2021, quand les drapeaux y étaient encore hissés.

  • Le Stade olympique après le retrait des drapeaux

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    Le Stade olympique après le retrait des drapeaux

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Mais la SDPO affirme qu’il s’agissait plutôt de remplacer les drapeaux en raison de leur usure naturelle, ce qui est fait tous les deux ans environ. S’est alors présentée l’occasion d’entreprendre une réflexion, à savoir si le drapeau russe serait remis, s’il était remplacé par celui de l’URSS – en fait le pays présent aux Jeux olympiques de Montréal en 1976 – ou s’il était simplement retiré.

« On a dit qu’on était en réflexion par rapport à ça. On comprenait, mais on a un mandat historique », a indiqué un porte-parole de la SDPO, Cédric Essiminy.

On navigue entre faire la promotion de l’héritage olympique et tenir compte des situations et des positions actuelles.

Cédric Essiminy, porte-parole de la SDPO

« Mais le mandat du Parc olympique, c’est de préserver l’héritage des Jeux. Le monde était tel qu’il était, et ça, on ne peut pas le changer », soutient le porte-parole.

L’installation éventuelle de nouveaux mâts, dans le cadre d’un projet de réfection de l’esplanade, sera l’occasion pour la SDPO de trancher pour de bon la question épineuse des drapeaux russes.

Avec la collaboration de Lila Dussault, La Presse