Les membres de minorités religieuses au Québec se sentent moins en sécurité, moins acceptés et moins optimistes face à l’avenir depuis l’adoption de la Loi sur la laïcité de l’État, révèle une nouvelle étude.

Publié le 11 août
Vincent Larin
Vincent Larin La Presse

Les résultats de cette enquête menée par l’Association d’études canadiennes (AEC) ont été recueillis à partir d’un sondage Léger auprès de la population québécoise dans son ensemble et d’un sondage AEC auprès de groupes religieux minoritaires.

Selon l’AEC, il s’agit de « la plus vaste étude menée auprès des communautés religieuses minoritaires touchées » par la Loi sur la laïcité de l’État, aussi connu sous le nom de « loi 21 », en ce qui a trait à « leurs expériences et leurs perceptions du climat québécois » depuis l’adoption de ce texte législatif.

Adoptée à l’Assemblée nationale en juin 2019, la Loi sur la laïcité de l’État interdit aux personnes en position d’autorité coercitive, comme les juges, les policiers et les gardiens de prison, de porter des signes religieux dans l’exercice de leurs fonctions. Cette interdiction s’étend aussi à certains autres employés de l’État comme les enseignants du réseau public.

Commentaires dégradants

Si les membres de trois groupes religieux consultés dans le cadre de cette étude (juifs, musulmans et sikhs) disent connaître une détérioration de leur situation depuis l’adoption de la loi 21, ce constat est beaucoup plus marqué chez les femmes musulmanes.

Pas moins de 78 % de celles qui ont été consultées ont dit avoir constaté une détérioration de leur sentiment « d’être accepté[es] comme membre[s] à part entière de la société québécoise » durant les trois dernières années.

Qui plus est, les deux tiers des femmes musulmanes consultées dans le cadre de cette étude ont dit avoir été témoins ou victimes d’un crime ou d’un incident à caractère haineux durant cette même période. « En bus, une personne nous a craché dessus », « le hijab de mon amie a été arraché dans le métro », peut-on lire parmi certains commentaires rapportés par les personnes sondées dans le cadre de l’enquête de l’AEC.

Pas moins de 83,3 % d’entre elles disent aussi avoir ressenti une détérioration de leur confiance au sujet de l’avenir de leurs enfants ces trois dernières années.

Le test des tribunaux

Les femmes musulmanes et les hommes sikhs sont aussi ceux qui ont le plus ressenti l’impact de ces changements depuis l’entrée en vigueur de la Loi sur la laïcité de l’État, dans une proportion d’environ 75 %. En comparaison, seulement 6,7 % des hommes québécois et 7,6 % des femmes québécoises disent avoir ressenti les impacts de l’entrée en vigueur de la loi 21 au sein de leur entourage.

SOURCE : ENQUÊTE MENÉE PAR L’ASSOCIATION D’ÉTUDES CANADIENNES

Ces deux sous-groupes rapportent aussi avoir ressenti un déclin marqué de leur sentiment d’acceptation en tant que membres à part entière de la société québécoise, dans une proportion de 78,4 % chez les femmes musulmanes et de 86,7 % chez les hommes sikhs.

Au moment où la contestation judiciaire de la loi 21 ne s’est même pas rendue encore devant la Cour d’appel, 64,5 % des Québécois estiment qu’il est important que le plus haut tribunal du pays, la Cour suprême, se prononce sur la question de savoir si elle est discriminatoire, relève également l’étude de l’AEC.

La méthodologie sous la loupe

Les résultats de l’étude de l’AEC ont été obtenus en combinant un sondage mené en ligne par la firme Léger auprès de la population générale à un autre sondage mené lui aussi en ligne auprès de musulmans, de juifs et de sikhs par l’AEC. Léger a ensuite pondéré les résultats des deux enquêtes combinées à l’aide des données de Statistique Canada.

Au total, 1828 Québécois — dont 632 musulmans, 165 juifs et 56 sikhs — ont été interrogés pour les deux sondages en ligne.

Les experts en recherche et en méthodologie estiment qu’il est impossible d’attribuer une marge d’erreur à un sondage réalisé en ligne, puisque la méthode d’échantillonnage est non probabiliste.

Qui plus est, l’utilisation du logiciel de sondages en ligne SurveyMonkey dans le cadre du sondage de l’AEC soulève plusieurs questions, selon Claire Durand, professeure titulaire au département de sociologie de l’Université de Montréal.

« Ils vont chercher des gens qui ont déjà répondu à un moment ou un autre à ce type de sondage [SurveyMonkey], ce qui n’est pas représentatif de la population », explique-t-elle.

Avec La Presse Canadienne

En savoir plus

  • 63,7 %
    Proportion de Québécois qui appuyaient la Loi sur la laïcité de l’État en mai 2022, selon un sondage Léger
    Source : Association d’études canadiennes