D’anciens membres de la direction de Fierté Montréal s’expliquent mal l’annulation surprise du défilé de la métropole. Au moment où une reprise de l’évènement semble exclue, plusieurs appellent à revoir l’organisation de cet évènement phare pour la communauté LGBTQ+. La direction actuelle, elle, a gardé le silence.

Mis à jour le 9 août
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse
Vincent Larin
Vincent Larin La Presse

« C’est impossible de réorganiser une Fierté cette année. Les gens qui pensent ça ne comprennent rien à l’ampleur du travail que ça demande. Au contraire, il faut prendre le temps de faire un post mortem intelligent. Et ne pas précipiter un défilé fait tout croche. Il faut qu’on fasse un post mortem sérieux, qu’on s’assoie et qu’on fasse un plan inébranlable pour 2023 », affirme l’ancien vice-président de Fierté Montréal Jean-Sébastien Boudreault.

Pour lui, l’annulation du défilé de cette année est « déplorable » et montre surtout un « manque d’expérience », notamment pour ne « pas avoir essayé de parler avec la mairesse et le service de police » afin de dégager des plans de rechange.

La Presse a rapporté lundi qu’un simple oubli de la part de Fierté Montréal avait mené à l’annulation du défilé. Lundi, cinq membres du conseil d’administration n’ont pas rappelé La Presse. Le directeur général de l’organisme, Simon Gamache, a également décliné une demande d’entrevue. Dimanche, il avait indiqué que certains employés devaient embaucher environ 100 agents d’accueil rémunérés pour la tenue de l’évènement, mais que cela n’avait pas été fait. Notons par ailleurs qu’une pétition réclamant la démission de Simon Gamache est apparue en ligne lundi.

Un comité de membres du conseil d’administration s’est formé lundi en vue de faire la lumière sur les évènements de dimanche. Il publiera cette semaine un communiqué pour éclaircir l’affaire, a indiqué l’attachée de presse de Fierté Montréal, Nathalie Roy.

Représentant de la communauté fétiche de Montréal pendant un an et demi, Guillaume Dupuis a été impliqué dans l’organisation de plusieurs évènements avec Fierté Montréal. Il dénonce également une gestion « inacceptable » d’un évènement pourtant « essentiel » dans la communauté.

Sur le coup, on a tous pensé à une menace d’attaque ou d’attentat. C’est arrivé par le passé ailleurs dans le monde, donc on aurait compris. Mais là, ce n’est pas du tout ça. De dire que c’est juste parce qu’on manque de personnel, c’est vraiment dommage. On parle d’un festival majeur. C’est tout simplement inacceptable.

Guillaume Dupuis

De l’avis de M. Dupuis, « quelque chose ne fonctionne pas à l’interne ». « Ça va prendre des réponses claires. Il faut toutefois se demander si le problème vient réellement des personnes dans la direction. Le conseil d’administration a quand même été pas mal renouvelé dans les dernières années. C’est quasiment du 50-50 pour l’ancienne et la nouvelle génération. C’était un peu la première Fierté de cette cohorte », explique-t-il.

« Gros manque d’organisation »

Un ancien employé de Fierté Montréal qui ne souhaite pas s’identifier parle, quant à lui, d’un « gros manque d’organisation ». « Il faudrait repartir à zéro, glisse-t-il. Ça prend du nouveau monde, une nouvelle structure, avec des gens qui nous représentent vraiment. Le ménage à 100 % qu’on avait promis, ça ne s’est pas vraiment passé », ajoute-t-il, en référence au changement de garde qu’avait annoncé en 2020 Fierté Montréal, dans la foulée d’allégations d’inconduites sexuelles contre son ancien président, Éric Pineault.

Michel Dorion, personnalité bien connue du Village gai et ex-responsable du défilé de Fierté Montréal, parle aussi d’une « faute grave » de l’organisation. Il appelle à « une réflexion sérieuse au sein de l’équipe [de direction et] aussi au sein du C.A. ».

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Michel Dorion, ancien responsable du défilé de Fierté Montréal

Il y a des gens qui dormaient sur la switch. […] On doit avoir plus de réponses et surtout plus de solutions pour être certain que ça ne se reproduise jamais.

Michel Dorion, ancien responsable du défilé de Fierté Montréal

La mairesse Valérie Plante a rencontré lundi la direction de Fierté Montréal. L’élue avait fait part dimanche de sa « surprise » et de son « mécontentement » face à l’annulation du défilé. Selon nos informations, la Ville étudiera la possibilité de célébrer la communauté LGBTQ+ autrement cette année, mais la tenue d’un nouveau défilé ne serait pas prévue.

Des sources municipales ont indiqué lundi soir, après cette rencontre, que la mairesse avait demandé au DG de l’organisme et au président de son conseil d’administration, Moe Hamandi, qu’un processus indépendant soit mis en place « au cours des prochains jours » afin de faire la lumière sur les circonstances entourant l’annulation du défilé, en plus de faire des recommandations pour « rétablir la confiance des communautés, des Montréalais et des partenaires ». Selon ces sources, Fierté Montréal aurait accepté la demande, et des détails devraient être communiqués « rapidement » à ce sujet.

Tout un cortège annulé

Le directeur général de Jeunes Adultes gais de la Montérégie, Rafael Provost, était déjà à Montréal, dimanche, quand il a appris la nouvelle. « On avait un cortège d’organisé, on se préparait et on devait être au moins 80 personnes venant de notre région », dit-il.

PHOTO PHILIPPE BOIVIN, LA PRESSE

Des gens ont défilé de façon spontanée dans les rues de Montréal dimanche, après avoir appris l’annulation de l’évènement.

« On avait même une voiture électrique de 14 places, ça faisait des semaines qu’on se préparait. Puis on a appris la nouvelle comme tout le monde, dans les médias. »

À ses yeux, l’annulation d’un tel évènement est surprenante, mais surtout, elle appelle à revoir la façon de l’organiser. « Il va falloir qu’on travaille beaucoup plus en équipe, le communautaire et Fierté Montréal, pour que ce ne soit pas juste entre les mains d’un seul organisme. On est une quarantaine d’organismes LGTBQ+ au Québec avec chacun son expertise. Il faut qu’on soit autour de la table. L’effet de gang est toujours plus efficace. Les angles morts, quand on est plusieurs, on les trouve », conclut M. Provost.

En savoir plus

  • 1,1 million
    Le ministère du Tourisme a « sollicité les organisateurs de l’évènement pour discuter de cette situation », a expliqué la porte-parole Meghan Houle. Québec a accordé cette année une somme de 1,1 million à Fierté Montréal.
    Source : gouvernement du Québec
    600 000 $
    Somme accordée à Fierté Montréal par la Ville de Montréal cette année
    Source : Ville de Montréal